Cela arrive à tout le monde, et même aux meilleurs. A l’image d’Éric Tabarly, qui s’était blessé le pied à Tahiti à bord de Pen Duick III, un accident est le plus souvent douloureux, bien sûr… mais il peut aussi anéantir votre croisière et vos vacances. A l’époque, Eric a dû être rapatrié en France suite à un début d’infection. Pour lui, cette infortune fut bénéfique – il fit la connaissance, lors de son retour forcé en métropole, de Gérard Petitpas, avec qui il continua la glorieuse saga des Pen Duick. Et son équipage était capable de ramener le voilier à bon port. Pour vous, cela peut être beaucoup plus embarrassant : un séjour à l’hôpital dans une contrée lointaine n’est jamais agréable. Et en cas de rapatriement, votre multicoque réclamera sans doute un convoyage. Notre meilleur allié pour éviter les bobos ? Le bon sens, car les risques sont facilement identifiables. On n’évoque pas ici les situations à risques maximum – chute à la mer, et du mât –, mais nos gestes habituels à bord : exécutés avec quelques précautions, ils deviennent bien moins accidentogènes.

Etre vigilant dès l’embarquement
Dès lors que vous posez un pied sur un support mobile, la vigilance est de rigueur. Exemple : quand vous montez sur la passerelle ou sur la jupe arrière, prenez soin de lancer votre sac à bord ou tendez-le à quelqu’un déjà à bord. Cela peut éviter de glisser en se réceptionnant, voire de se faire une élongation ou une entorse. Cette prudence est de mise pendant toute la durée du séjour à bord, et plus particulièrement en navigation. Si les multicoques ne gîtent pas, ou très peu, ils peuvent être sujets au tangage et au roulis par mer hachée. Ne pas courir sur le pont et se tenir toujours d’une main est le minimum. Le port de chaussures antidérapantes s’avère efficace non seulement pour ne pas glisser mais aussi pour se protéger les pieds – une cible idéale pour toutes les pièces d’accastillage qui dépassent sur le pont. Chandeliers, rail et chariot d’écoute de génois, taquets d’amarrage, autres poulies et coinceurs sont autant de pièges pour nos orteils. Et ils se font un malin plaisir à se disperser sur notre chemin… Un grand classique qui peut avoir raison d’un tibia : le fameux piège du capot de pont grand ouvert… Attention également aux capots de coffres. Ils ont une fâcheuse tendance à se refermer sur vos doigts suite à un coup de roulis.

Prudence avec les écoutes, mouillage et moteur HB
Si porter des chaussures est une précaution pour les simples déplacements à bord, cela devient indispensable dès que l’on commence à manœuvrer le mouillage. La manipulation de l’ancre, de la chaîne et du câblot impose d’avoir les pieds bien protégés, sous peine de se faire écraser un orteil. Les actions manuelles sur la ligne de mouillage – rallonger ou raccourcir – demande une vigilance extrême : les gants seront bien utiles pour ne pas se brûler ou se couper. Le maniement des bouts est en général un autre sujet à bobos. Les brûlures sévères sont à craindre si l’on s’évertue à vouloir retenir l’écoute qui ne demande qu’à filer sous la charge d’une voile. La position des mains sur le bout ne doit jamais être trop proche de la poupée de winch ou du taquet coinceur. Si le temps de lâcher prise est trop court, vous risquez de vous faire coincer un doigt – ou même la main à bord d’un gros multicoque. Installer le moteur hors-bord de l’annexe comporte également des moments critiques, surtout quand vous le réceptionnez dans le dinghy. Un palan soulagera le poids du moteur afin de ne pas tomber en l’attrapant. Les mouillages où il est nécessaire de frapper une amarre à terre ne sont pas exempts de risque, avec les algues glissantes, les rochers escarpés, et parfois les oursins.

A l’intérieur : comme dans une maison… qui bouge !
Ne vous imaginez pas être en sécurité totale dès lors que vous pénétrez dans le douillet cocon de l’habitacle. En fait, il y a les mêmes risques que dans une maison, mais en pire, puisque votre multicoque n’est pas ancré sur des fondations... En premier lieu, bien se tenir est primordial. On le redit : une main pour soi, une main pour le bateau. Un vieil adage qui reste valable à l’intérieur, même sur un multicoque. Un violent coup de roulis alors que vous êtes au bord de la descente, et hop, c’est la chute et de vilains hématomes en arrivant en bas sur les planchers. La cuisine est un endroit particulièrement sensible en navigation. Notre conseil : préparez systématiquement vos plats dans une cocotte ou un faitout lourd – bien stable sur la plaque de cuisson –-, plutôt que dans une casserole ou une poêle plus légère et volage. Et surtout, fixez-les avec des serres-plats ou des fargues. Non seulement vous pourrez déguster votre plat (et donc échapper à une fastidieuse corvée de nettoyage si votre mets se renverse), mais vous échapperez à de possibles brûlures. Là aussi, une bonne paire de chaussures et un tablier, si la mer est bien formée, peuvent être protecteurs en cas de renversement. De manière générale, il faut tout fixer, car les objets peuvent se transformer en projectiles dans des conditions difficiles. Et en ressortant, attention aux coups de soleil : avec le vent, on ne sent pas les brûlures arriver.
