L’eau dans les fonds de cale n’apporte que des ennuis : humidité, corrosion et moisissure à bord, mais également altération des équipements qui sont disposés sous les planchers – à commencer par les coques elles-mêmes, qu’elles soient peintes ou non. Si l’écope et le seau ont été les premiers outils pour lutter contre l’envahissement, la première pompe de cale aurait été inventée par Archimède autour de l’année 270 avant J.-C. Il s’agissait d’une pompe à vis qui était actionnée manuellement. Aujourd’hui, malgré l’adoption de matériaux étanches comme le polyester ou l’aluminium, les voies d’eau restent d’actualité. La faute aux très nombreuses ouvertures, comme les moteurs, les évacuations d’eau, les sondes et autres boulonnages. La faible contenance des cales de la plupart des multicoques – le plus souvent, dépourvues de puisard – augmente le risque de voir l’eau se propager dans les fonds et rend les pompes de cale encore plus indispensables. Elles deviennent aussi vos meilleures alliées en cas de voie d’eau : vous aurez grâce à leur action le temps de colmater une éventuelle voie d’eau ou, au pire des cas, de préparer l’évacuation du bord.
Oups, l’eau commence à monter… Dans cette cale très équipée, pas question de laisser l’eau monter. Deux contacteurs à niveau actionnent deux pompes : c’est la moindre des précautions.
PLUS DE VOIES D’EAU AU PORT QU’EN MER…
Mais le plus grand danger réside pendant votre absence – on recense plus de bateaux coulés au port qu’au large. L’eau peut en effet s’accumuler à bord pernicieusement en raison de la condensation, de petites fuites – joints extérieurs, raccords de tuyauterie sous la flottaison -, voire d’un panneau de pont laissé ouvert ou brisé. Une bonne ventilation peut suffire pour assécher la cale de la condensation ordinaire, mais, si le volume d’eau est important, le pomper devient indispensable afin d’éviter que le niveau ne devienne critique. Pour les petits multicoques, une pompe peut travailler sur deux coques ou compartiments, mais il est souhaitable de prévoir une vanne trois voies pour stopper l’évacuation d’une coque déjà asséchée, et concentrer les efforts de pompage là où c’est nécessaire. Sur un plus gros multi, chaque compartiment étanche ou coque dispose de sa propre pompe. Chacune d’entre elles est montée avec une crépine : l’une des principales raisons de la défaillance des pompes de cales est la présence d’objets solides, comme les grains de sable, les débris ou les saletés dans le circuit de pompage. Ces particules finissent par abîmer les composants mobiles de la pompe, comme la turbine, la centrifugeuse ou éventuellement la membrane. Une pompe est placée au point le plus bas de l’intérieur du multicoque, où l’eau est susceptible de s’accumuler. Elle restera facilement accessible pour l’entretien ou une intervention. Les pompes sont classées en deux grandes catégories : les pompes de cales mécaniques/ manuelles, et les électriques.
Doubler la sécurisation des raccords placés sous la ligne de flottaison est une précaution utile. Idéalement, un mini puisard comme ici à bord de l’Excess 12 permet d’y placer la pompe et d’éviter les eaux stagnantes dans les fonds.
LES POMPES ET LES MOYENS MANUELS
Le dispositif d’assèchement manuel (écopes, seaux ou pompes manuelles) est un équipement rendu obligatoire par la plupart des réglementations, mais il peut être insuffisant en cas de voie d’eau importante. Raison pour laquelle des pompes manuelles sont intégrées dans nos cockpits avec un levier couvercle, et suppléées par des pompes électriques. On peut améliorer ce dispositif avec des pompes à levier de fort débit et/ou en soignant l’installation. La différence d’altitude entre l’évacuation et la pompe affecte les performances de cette dernière : pensez à ne pas placer les passe-coques plus haut que nécessaire, et à adapter le débit de la pompe à la hauteur de refoulement. L’installation d’un clapet anti-retour évitera aussi à l’eau contenue dans le tuyau (lisse à l’intérieur) de retomber dans les fonds.
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Les moyens d’assèchement les plus simples, comme l’écope, le seau et la pompe manuelle, sont toujours d’actualité – et parfois même obligatoires par la réglementation.
LES POMPES ÉLECTRIQUES
Une pompe de cale automatique est l’un des éléments de sécurité les plus importants à bord. Combien de bateaux ont-ils coulé au port car ils n’en étaient pas équipés ? Pour se déclencher automatiquement en votre absence, elle est équipée d’un capteur de niveau d’eau ou d’un interrupteur à flotteur qui permet de l’actionner lorsqu’il y a de l’eau dans la cale. Un interrupteur sur le tableau électrique permet de laisser la pompe en mode automatique ou de forcer sa mise en marche. Il est indispensable de la brancher en direct (avec néanmoins un fusible) sur les bornes de la batterie. En effet, lorsque l’on quitte le multicoque, on coupe les batteries. Du coup, si la pompe n’est pas branchée en direct, elle ne se déclenchera jamais… Le débit de ces pompes varie entre 30 et 70 litres à la minute – il est bien adapté à l’évacuation des entrées d’eau habituelles : panneau de pont ouvert, fuite dans le circuit domestique, etc.
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Le choix du type de pompe se fera en fonction de la place disponible. Il est parfois plus facile d’installer une crépine et le flotteur à l’endroit voulu, et de déporter la pompe.
LA LUTTE CONTRE LA VOIE D’EAU
Si vous avez déjà vécu l’expérience d’une voie d’eau, vous savez l’importance de pouvoir compter sur une pompe de cale efficace. Elle peut sauver la situation, ou à défaut ne pas l’aggraver. Gardez à l’esprit qu’une brèche de seulement 2 ou 3 cm2 à 50 cm au-dessous de la flottaison provoque une voie d’eau importante, jusqu’à 10 000 litres par heure, et que celle-ci double logiquement avec un trou de 5 cm2. Dans une telle situation, les 4 200 litres/heure que débitent nos pompes seront vite insuffisants, et l’eau risque de noyer le circuit électrique. Il est judicieux d’avoir une pompe de cale manuelle en plus (fixe ou portative). Ou alors une pompe de cale électrique portable avec batterie dédiée, placée en hauteur. Sur un plus grand multicoque, rien de mieux que la solution de notre « Amiral au long cours », une pompe gros débit, fonctionnant au 110 ou 220 V, et branchée sur un groupe électrogène, lui aussi placé en hauteur. Cela vous permet d’évacuer l’eau du bateau en cas de défaillance de la pompe principale ou en cas de problèmes dans le circuit électrique du multicoque. Certaines pompes immergeables peuvent atteindre un débit supérieur à 20 000 litres/heure.
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Tuyaux à surface intérieure lisse pour optimiser le flux, crépine pour éviter d’obstruer les mécanismes et clapet anti-reflux : le montage du dispositif d’assèchement doit être pris au sérieux pour être efficace.








