On le sait, l’espérance de vie moyenne d’un voilier est de 40 ans… Bien plus que celle de ses hublots ! Celui qui détruit lentement mais sûrement vos "petites fenêtres", c’est le soleil, bien sûr. Pas celui de l’hiver qui rase l’horizon, mais celui qui cogne au zénith… Sous l’action conjuguée des phénomènes de dilatation et des ultraviolets, le panneau s’altère, se fendille et se casse parfois. Quant au joint d’étanchéité, il finit le plus souvent par laisser passer quelques gouttes. Les hublots les plus touchés sont les plus grandes pièces orientées à un angle proche de l’horizontale. Plus le panneau est foncé, plus il est sensible au vieillissement. Le matériau généralement utilisé est le polyméthacrylate de méthyle. On l’abrège souvent en PMMA, de l'anglais Polymethyl Methacrylate. Ce polymère – appelé aussi Plexiglas ®, son premier nom commercial – est particulièrement résistant aux UV, plus transparent et surtout plus léger que le verre. Il est en revanche sensible aux rayures, aux hydrocarbures et à certaines colles. Comptez 100 euros pour 1 m2 de 8 mm d’épaisseur. On utilise également du polycarbonate – Lexan ®, par exemple. Il est plus résistant aux rayures, mais supporte mal les forts serrages.
Alors, prêt pour la pose de vos nouveaux hublots ?

Il est possible de démonter l’ancien hublot pour l’utiliser comme gabarit… à condition que votre voilier soit à l’abri ! Sur notre Aventura 23, le hublot tribord a disparu suite à un chavirage à l’échouage. On reporte les cotes en utilisant baguettes en bois et serre-joints.

Paré pour la découpe ! Le film qui protège les deux faces du plexi reste bien en place. On utilise de préférence une scie circulaire pour les grandes longueurs : la lame est réglée pile à la bonne épaisseur, ici du 8 mm. Pas besoin de bouger le plexi !

La partie avant du hublot dessine une courbe très serrée : elle est découpée à l’aide d’une scie sauteuse, de même que les angles arrondis à l’arrière. Pensez à bien immobiliser votre plexi.

L’arête supérieure du hublot est adoucie à l’aide d’une ponceuse circulaire. On utilise quatre disques différents pour une finition optimum : le grain utilisé ici est du 80, du 120, du 220 et enfin du 500.

Pour obtenir une belle finition des angles, on utilise une pâte à polir. Les produits destinés aux automobiles conviennent tout à fait. Bien frotter pour un brillant irréprochable.

A partir de maintenant, mieux vaut être deux à la manœuvre ! Equipés d’écrous pour hublots (de préférence en inox – environ 1 euro pièce, l’aluminium se révèle souvent indémontable), mettez le hublot en place, percez depuis l’intérieur quatre trous et fixez.

Depuis l’intérieur, percez le plexi en vous servant des trous du polyester comme guide. Depuis l’extérieur, il n’est pas inutile que votre aide bricoleur exerce une forte pression pour faciliter le perçage… mais attention à ses mains !

Avant de démonter le hublot, passez un léger coup de cutter le long des angles intérieurs : il sera ainsi aisé d’ôter la protection de la zone de contact avec le joint. Les autres parties resteront protégées par le film.

Du côté extérieur du hublot, fraisez chaque trou grâce à une mèche de même diamètre que la tête des vis. Ces dernières seront ainsi parfaitement encastrées dans le hublot.

A l’aide de votre pistolet pour cartouche de colle, appliquez un cordon de joint polyuréthane – le plus régulier possible – sur toutes les zones du hublot qui seront en contact avec le rouf.

Travail d’équipe : l’un maintient la douille – tant qu’à faire, orientez les encoches parallèles, c’est plus joli –, l’autre met en place la vis depuis l’intérieur. Le plexi doit rester bien droit, gage d’un serrage uniforme.

Au bout de deux à quatre heures, suivant la température, le joint doit être bien sec. Assurez-vous qu’il a bien débordé partout autour du hublot : vous pouvez alors ôter les protections du hublot et éliminer les coulures de joint après un – léger – coup de cutter.

L'avis du pro : Alain Balzeau des Chantiers Hervé
"Une règle de sécurité pour commencer : ne jamais sous-dimensionner votre hublot ! Si vous remplacez du 10 mm, remettez du 10, voire du 12, mais pas du 8. Un hublot, c’est une entrée d’eau potentielle par très mauvais temps, donc prudence… D’ordinaire, on retient des épaisseurs de 3 mm minimum pour du Lexan ®, à 12 ou 14 mm pour le Plexi. Evidemment, les plus grandes surfaces réclament la plus forte épaisseur. Quant à la couleur, il y a du vert, du marron, du gris, du orange… Optez de préférence pour la teinte d’origine. Attention, les hublots les plus fumés vieillissent un peu plus vite.
Quelques conseils pratiques :
Sur du polyester, je préconise un dégraissage au trichloréthylène, et non pas à l’acétone. Ensuite, dépolir avec du 80/100. Bien masquer en périphérie pour ne pas rayer. Dépolir le plexi également avec du 240. Pour le Plexiglas ®, attention aux colles utilisées, certaines ne sont pas compatibles, un primaire est parfois recommandé. Pensez à une bande de peinture ou à un adhésif pour protéger le joint à travers le hublot, ça le protégera des UV. A l’extérieur, plutôt que d’éliminer le surplus de joint, je préfère masquer la surface autour du hublot et réaliser un petit congé à l'aide d'une mèche.
Mes outils :
Serre-joints, crayon, scie circulaire, scie sauteuse. Ponceuse, perceuse et ses mèches, cutter, assortiment de tournevis, pistolet à cartouche de colle."
