Si les grands multis privilégient le "tout chaîne" pour faciliter le travail du guindeau, c’est au prix de beaucoup de poids supplémentaire, le plus souvent à l’avant du mât, dans la baille à mouillage – ce qui est moins dramatique qu’à l’étrave d’un monocoque, c’est vrai. Pensez : 50 m de chaîne de 8, c’est 70 kg devant la nacelle ! Pour une petite unité, une ligne de mouillage mixte chaîne/câblot est évidemment préférable, d’autant qu’elle assure une bien meilleure élasticité que la chaîne seule, surtout si vous ne disposez pas d’une patte d’oie… sans parler du prix du câblot au mètre, moins onéreux que la chaîne : moins de 3 euros pour du 14 mm contre 4,70 pour de la chaîne de 8. Encore faut-il soigner la liaison. Hors de question d’utiliser un simple nœud : il peut se défaire, il est sensible au ragage et fait perdre au cordage une bonne partie de sa résistance. L’épissure sur cosse associée à une manille, très fiable, est préférable, mais présente un défaut : la cosse et la manille se bloquent volontiers au passage d’un davier étroit, souvent présent sur les petites unités. Quant aux rares guindeaux capables de travailler avec du câblot, ils ne digèrent pas du tout les manilles… C’est là que l’épissure chaîne/câblot présente un grand intérêt. Elle assure en effet une parfaite continuité entre les deux éléments. Ça roule avec aisance sur le réa, ça glisse sur le fil d’inox, et ça ne lâche pas ! Et en plus, au prix de l’inox A4 aujourd’hui, c’est certainement la moins coûteuse de toutes les liaisons.
Grâce à cette liaison, plus besoin de se poster au davier pour faire passer la cosse et la manille.
Une bonne épissure démarre par un bon couple… Celui-là n’est pas difficile à établir : il suffit que deux torons du câblot puissent rentrer dans le même maillon de chaîne. Avec de la chaîne de 6 mm, le câblot de 10 à 14 mm convient parfaitement.

Comptez 12 torons depuis l’extrémité du câblot et faites un repère à l’aide d’un marqueur ou d’un adhésif. C’est la bonne longueur pour assurer une épissure à la fois compacte et non susceptible de glisser.

Avant de détoronner le bout, faites une petite ligature à l’aide de fil à surlier et d’une aiguille. Piquer quatre ou cinq fois une paire de torons, puis faites des tours morts et des demi-clés. Les trois torons, devenus solidaires, ne bougeront plus.

Chaque toron peut être libéré. Et comme rien ne ressemble plus à un toron blanc qu’un autre toron blanc, identifiez-les grâce à un code visuel. Ici, on a utilisé de l’adhésif.

C’est parti ! Le premier toron passe dans le premier maillon de la chaîne. Pas n’importe comment : l’idée est que le toron suivant arrive dans l’autre sens, un principe maintenu tout au long de l’exercice.

Le deuxième toron passe donc lui aussi dans le premier maillon, en croisant le premier. Fin de la première passe, souquez fermement en plaçant la chaîne bien dans l’axe.

Au troisième toron de jouer : celui-là attaque le deuxième maillon de la chaîne. Il se positionnera de façon à croiser le premier toron… quand son tour viendra.

Le premier toron investit le deuxième maillon, dans le sens opposé ou troisième. Vous venez de terminer la deuxième passe. Comme vous le constatez, difficile de faire plus simple !

Allez, on démarre la troisième passe. C’est le deuxième toron qui passe dans le troisième maillon. Il croisera le troisième. Continuez ainsi jusqu’au bout… des torons.

Fer à couper électrique ou tandem couteau/briquet, à vous de voir : le but est de conserver un petit centimètre à chacun des torons, pour éviter qu’ils ne s’échappent des maillons.

Utilisez de la garcette très fine ou du gros fil à surlier pour bloquer l’extrémité des torons, lesquels sont d’abord rabattus du côté du câblot avant de disparaître sous la ligature.

L’épissure chaîne/textile est prête à se frotter aux daviers les plus étroits, sans bloquer : un sacré plus au moment de relever le mouillage !

L’avis du pro
"Pour un petit bateau, l’épissure textile/chaîne, c’est facile, fiable et économique."
Sur les grands multis, je privilégierais le tout chaîne, pour conserver du poids sur la ligne de mouillage. Mais j’ai le souvenir, avec ce type de mouillage, d’avoir cassé net le taquet d’un petit voilier : une vague un peu plus sèche que les autres avait provoqué un brusque mouvement de rappel sur la chaîne… C’est là, sur ces petits multis, qu’une ligne de mouillage mixte chaîne/câblot a beaucoup d’intérêt. Plus de souplesse, moins de poids et aussi un moyen de savoir quelle longueur de mouillage on met à l’eau : ceux qui marquent leur chaîne tous les 10 m (peinture ou serre-flex) ne sont malheureusement pas légion. L’épissure textile/chaîne est facile à faire, fiable et économique : c’est la meilleure liaison à adopter. Elle ne se bloque pas dans le davier, mais au mouillage, je conseille tout de même, pour éviter un ragage prématuré des torons, de ne pas la laisser pile dessus. L’occasion de rappeler que mouiller trois fois la hauteur d’eau est suffisant pour une pause déjeuner. Pour la nuit, comptez plutôt cinq fois, en tenant compte de la marée haute.
Mes outils : Un bon couteau, du fil à surlier, une aiguille, du ruban adhésif, et un fer à couper ou un briquet.
John Cottereau, responsable d’une école de croisière.