Votre bateau, c’est un peu le reflet de votre personnalité, comme votre maison ou votre voiture, mais en bien plus marquant. D'ailleurs, on appelle les familles en voyage du nom de leur bateau, et plus de leur nom de famille... Le bateau de voyage exprime un idéal, qu’il soit focalisé sur la performance, l’esthétisme ou le pragmatisme, vous devez en être fier et il doit fédérer tous les membres de votre équipage réunis autour du projet. Et comme chaque propriétaire est différent, le voilier (ou le multicoque à moteur) parfait peut prendre bien des visages, comme l’ont bien compris les chantiers. Au moment de définir les points capitaux qui vont guider votre choix, surgit souvent une foule de questions qu’il vous faut absolument rationaliser et hiérarchiser, pour ne pas vous laisser envahir et bousculer par vos émotions, partagées entre le rêve d’évasion, les contraintes physiques et les réalités budgétaires. Nous avons réuni ici une dizaine de points qu’il paraît essentiel d’avoir étudié soigneusement avant de vous lancer sur les pontons à la recherche de la perle rare. Même si nous savons pertinemment que, parfois – et même souvent –, le choix du cœur peut l'emporter sur celui de la raison. Et c’est tant mieux : ne choisissons-nous pas de naviguer pour les émotions et les plaisirs que cela procure ?
1 – Le programme de navigation
Les caractéristiques de votre programme de navigation compte pour une grande part dans la morphologie de votre future embarcation. Vous serez comblé avec un dayboat pour profiter de navigations à la journée dans une zone tempérée, alors que vos besoins pour un tour du monde sous les tropiques seront forcément tout autres. Une navigation d’exploration nécessitera un bateau robuste et autonome avec de bonnes capacités de stockage, alors que de la croisière côtière vous fera préférer un bateau modulable. Allez-vous l’utiliser en privé uniquement avec une coque dédiée à votre seule cabine, ou comptez-vous le mettre à la location, voire le confier à un opérateur de charter, et, dans ce cas, faut-il prévoir une cabine pour le skipper ? Passerez-vous quelques jours par an à bord ou allez-vous vous y installer pour y vivre quelques années ? Participerez-vous à des régates sur un trimaran sportif ou profiterez-vous des couchers de soleil depuis le fly d’un catamaran familial ? Prévoyez-vous de longues étapes avec de nombreuses nuits de navigation ou préférez-vous faire escale chaque soir pour passer la nuit confortablement au mouillage ? Autant de questions qui peuvent trouver une réponse dans la liste des bateaux et leurs nombreuses options proposées par les constructeurs. Bien identifier son programme de navigation permet de faire une première sélection dans l’offre disponible sur le marché.
2 – Votre équipage
Un bateau bien adapté à vos besoins se détermine aussi en fonction de l’équipage avec lequel vous serez amené à naviguer : famille, amis, équipiers occasionnels ou réguliers, expérimentés ou non. En famille avec votre conjoint et/ou les enfants en crise d’adolescence qui ne veulent surtout pas toucher un bout, ou bien avec un équipier débutant, vous porterez votre attention sur un plan de pont conçu pour un équipage réduit avec des manœuvres simples. Au contraire, si vos amis sont de véritables mangeurs d’écoutes aux épaules bien carrées, vous pourrez opter pour une unité plus grande avec de multiples renvois et réglages qui les réjouiront et participeront à la bonne ambiance du bord. Mieux vaut choisir un bateau un peu plus petit si l’on n’est pas sûr de son équipage plutôt que de se retrouver à manœuvrer seul à bord d’un bateau trop grand sur lequel le stress généré arrive toujours trop vite… Si vous aimez prendre des bateau-stoppeurs ou vous faire seconder par un marin, il peut être aussi judicieux d’avoir une cabine indépendante du reste du bord pour préserver l’intimité de chacun. De même, si votre plaisir est d’inviter toute la famille avec les amis, leurs enfants voire les amis des amis, mieux vaudra cibler des cabines dortoir et salon convertible. A la fin de cette réflexion, vous allez pouvoir commencer à rayer de votre liste certains modèles...
3 – Le matériau
Bois moulé ou contreplaqué, polyester ou époxy, monolithique ou sandwich composite, tissu de verre, kevlar ou même carbone, aluminium ou strongall, là encore, le choix est considérable. Il vaut mieux dépasser cela, car il a été produit de très bons bateaux dans tous ces matériaux. L’échantillonnage, la mise en œuvre et le respect des processus sont bien plus importants que le choix du matériau. Il paraît plus raisonnable de prendre en compte le temps, la fréquence et la compétence qui sera nécessaire à l’entretien et à d’éventuelles réparations selon le savoir-faire disponible là où vous naviguerez, plutôt que de s’obstiner sur le choix d'un mode de construction. De même, le sérieux et la qualité de construction sont bien plus à prendre en considération.
Aux extrêmes, si vous voulez maîtriser au plus juste le devis de poids, le sandwich nid d’abeille carbone paraît une aussi bonne solution que le strongall si vous voulez une forteresse pour vivre la grande aventure au milieu des glaces. Dans pratiquement tous les autre cas, on peut privilégier le polyester, le moins exigeant de tous les matériaux, et le moins onéreux à l’achat et aussi à l’entretien. Mais comme en principe vous avez déterminé votre programme au paragraphe 1, cette étape doit être une formalité.
4 – Vos préférences
Ici, on rentre dans le domaine de l'émotion, car on parle de sensations. Si vous êtes accro à la vitesse, au cap et à la VMG, vous serez sensible à la surface du plan de voilure, à la profondeur des dérives relevables, à la présence d’un bout dehors et d’une garde-robe de voile d’avant conséquente. L’hydrodynamisme soigné et pointu de la carène vous parlera, ainsi qu’un plan de pont efficace et un roof à l’aérodynamisme fluide doté d’un poste de barre très ergonomique pour les longues chevauchées. Au contraire, si vous préférez le farniente au fond d’une baie et pouvoir échouer sans vous préoccuper de la nature des fonds, vous aurez tendance à privilégier la conception du système de mouillage, l’accès à l’eau par les jupes arrière, la place de stockage dans les coffres pour des accessoires et jouets nautiques, la surface des bains de soleil ou encore des espaces ombragés sous les casquettes et biminis. Certains seront intransigeants sur la sécurité et seront attentifs "au revêtement de pont pour ne pas glisser, aux mains courantes et aux cale-pieds permettant de bien se maintenir", y compris pour les plus jeunes. L’accès aux moteurs ou aux zones techniques devra dans tous les cas être aisé. Dans ce domaine de passion, les compromis sont de mise, alors, être attentif et en accord avec vos envies et vos impératifs semble crucial pour encore affiner vos critères de choix.
5 – Les aménagements
Votre programme, votre équipage et vos envies et goûts (voir les 4 premiers points) vont largement éluder une grande part de cette question, et pourtant…
Le choix des finitions est un aspect important, car il contribue à l’ambiance qui émane de votre bateau, dans lequel vous allez vivre plusieurs mois ou plusieurs années. Ceux qui vont barouder choisiront plus volontiers des aménagements simples, mais qui peuvent aussi être design et qui ont l’avantage de s’entretenir facilement. Ceux qui aiment le luxe et la volupté opteront pour un choix d’essences de bois pour les placages, des tissus et des capitonnages pour les vaigrages, rideaux et banquettes, qui leur feront se sentir chez eux à bord. Même sur les unités de grande série, une personnalisation inédite est maintenant possible en combinant les nombreuses options à disposition. Les chantiers ont depuis longtemps intégré à leurs catalogues le choix de 3, 4, 5 ou 6 cabines pour un même bateau, une cuisine dans la coque ou dans le carré, etc. Ensuite, on pourra opter pour une grande table à cartes ou des bannettes de quart. Et si vous êtes un véritable cordon bleu ou que vous adorez tester les restaurants locaux, l’espace cuisine sera envisagé différemment à votre bord !
6 – L’équipement
Disons-le tout de suite, choisir ses équipements parmi la longue liste des options proposées par les chantiers ou chiner dans les catalogues des bons faiseurs est une source de plaisir pour tout acheteur de bateau. L’équipement que vous allez mettre à bord dépendra des souhaits identifiés dans les paragraphes précédents. Aujourd’hui, presque tout est possible : mâts et accastillage plus ou moins performants, voile en Hydranet ultra résistant pour le long cours, réfrigérateur-congélateur XXL pour le froid, air conditionné réversible, moteur hors-bord électrique pour les écolos, etc. Bref, on peut équiper son bateau comme un coursier de la Coupe America, ou bien l’affubler du même confort domestique que sa maison, ou encore le barder d’outils d’exploration dignes de La Calypso du commandant Cousteau. L’essentiel est simplement de bien arbitrer entre la taille, le poids utile en charge, la place disponible, le besoin en énergie et les moyens de recharge, afin de garder une cohérence à l’ensemble du projet en fonction encore une fois de votre programme et des contrainte qui y sont liées.
7– Lire les essais de Multicoques Mag
Si dans les années 70 les efforts des chantiers consistaient à construire des bateaux pour naviguer sûrement et affronter les éléments, depuis trente ans, les multicoques de plaisance ont bien évolué, et on ne trouve plus de bateau au comportement à la mer peu sûr. Les fantastiques progrès techniques issus de la course et les progrès industriels ont permis aux architectes et aux fabricants de s’affranchir plus facilement des contraintes de sécurité – parfaitement dominées – au profit des aspects ludiques de loisir pur. Il n'en reste pas moins qu'un bateau doit bien naviguer et répondre aux compétences de votre équipage, et ses qualités nautiques à votre programme (voir les points précédents). Pour éviter un mauvais choix, reportez-vous aux essais de Multicoques Mag. Plus de 350 essais complets ont été publiés depuis 30 ans et sont disponibles directement en ligne sur le nouveau site Internet du magazine (www.multicoques-mag.com). N'hésitez pas non plus à interroger les professionnels, qui sont de plus en plus conscients de leur rôle de conseil, et bien sûr à prendre contact avec la rédaction, qui vous aidera à vous poser les bonnes questions, à lever certains doutes, mais aussi à envisager des choix que vous n'auriez pas imaginés.
8 – Le port d’attache
Là encore, tout dépend de votre programme. Il est évident que, pour des raisons fiscales, il est tentant de faire immatriculer son navire sous "pavillon de complaisance". Mais, avant de prendre cette décision, il vaut mieux bien étudier la question en fonction des zones où vous allez naviguer. Dans beaucoup de pays, l’accueil que l’on vous réserve peut être influencé par l’origine de votre immatriculation. Qui dit "pavillon de complaisance" dit argent, et il n’est pas rare de voir les fonctionnaires des douanes s’acharner sur des navires lors de leur arrivée, de quoi vous dégoûter de votre séjour. Ces montages sont par ailleurs complexes et les contraintes réglementaires et de mise en conformité, parfois en navire de commerce, sont tout bonnement repoussantes. De quoi considérer par deux fois la question.
Pour les places au port lors de vos escales, le maître-bau de nos multicoques est évidemment un handicap dans beaucoup de marinas, avec une nuitée assez élevée. Mais il existe de par le monde certaines marinas "cata Friendly" offrant des tarifs raisonnables à nos larges multicoques.
9 – Le budget
Votre cahier des charges est bien avancé, maintenant. Il va falloir parler de la question cruciale du prix. Si le modèle qui vous correspond et dont vous rêvez est au maximum de votre budget, faut-il passer le pas ?
En premier lieu, vous ne devez pas considérer que le budget achat, mais aussi celui de fonctionnement. Celui-ci peut, quand on monte en taille, augmenter de manière exponentielle. C’est un poste à lister de près pour prévoir les éventuelles réparations ou le remplacement de pièces usagées, les frais d’entretien, d’assurance, le matériel nécessaire à bord, etc. Mais il y a aussi toutes les modifications et améliorations que vous aurez envie d’apporter, au fur et à mesure de vos navigations. Il vaut mieux donc rester dans sa fourchette de prix et garder une sécurité financière pour entretenir et équiper son bateau. Cela semble plus raisonnable.
Autre possibilité, envisager la mise en location du bateau peut soulager une partie des frais de fonctionnement. Enfin, dernière option, pourquoi ne pas se tourner vers une unité d’occasion récente. Elle présente souvent l’avantage d’être entièrement équipée, pour peu que vous en trouviez une dont les caractéristiques et configurations correspondent à ce que vous cherchez. Alors, consultez nos annonces sur notre nouveau site www.catamaran-occasion.com.
10 – Le financement
Les taux bancaires n'ont jamais été aussi bas, pourquoi ne pas en profiter ? Dans le cadre de l’achat d’un navire, le crédit-bail (leasing), les formules avec option de rachat présentent certains avantages. L’apport de départ peut ne pas être trop conséquent, et fiscalement, ça peut aussi être intéressant, dans la mesure où l’établissement financier reste propriétaire. Le bateau ne rentre donc pas dans votre patrimoine. Enfin, ce système permet une réduction de la TVA dans certains pays. Cette partie pouvant être très complexe, il est vivement conseillé de consulter un avocat fiscaliste pour faire le tour de la question en fonction de votre situation. Enfin, et si vous ne naviguez que quelques semaines par an, la gestion-location peut être une solution intéressante. Différentes formules sont proposées vous exonérant de toute maintenance, de l’entretien et de la location du navire, ne vous laissant que le meilleur côté de la navigation pendant vos vacances. Vous aurez alors même la possibilité de naviguer sur des bateaux identiques sur toutes les bases du loueur afin de découvrir différentes régions du globe sans avoir la contrainte de traverser les océans ou de devoir convoyer son bateau. A méditer...