Le bateau
Avant toute chose, il est bon de rappeler l'adage préféré de notre cher rédac chef : "Le bon bateau, c'est celui avec lequel on part !" Et force est de reconnaître que le chef n'a (jamais ?) pas tort… La preuve : de nombreux lecteurs du magazine partent chaque année sur des multicoques aussi différents que des trimarans à peine plus habitables qu'un monocoque, des catas ex-location, des constructions amateurs ou encore de superbes unités de propriétaires de plus de 60 pieds… Il y en a véritablement pour tous les goûts et pour toutes les bourses. Pour vous en convaincre, il suffit de lire régulièrement notre rubrique "Cartes postales". Le choix de l'unité sera donc dicté par votre portefeuille et vos motivations personnelles sur les questions essentielles du rapport entre confort et performances (voir à ce sujet le Multicoques Match dans ce numéro de Multicoques Mag – un article édifiant sur les choix de chacun !).
Une fois le choix du bateau validé, il va falloir le transformer en multicoque de voyage. Et pour que votre croisière se passe sans encombre, il y a un minimum de règles à respecter.
Un bateau de voyage doit être fiable… pour naviguer loin !
La fiabilité
L'objectif no 1 d'une préparation est d'obtenir un bateau fiable ! En effet, sur un programme de grand voyage en bateau (et a fortiori d'année sabbatique), on rêve de mouillages idylliques et surtout pas de passer trois semaines dans un port à attendre un nouveau guindeau pour remplacer celui qui vous a lâché… Et si le bricolage et l'entretien font partie de la "journée de travail" d'un navigateur au long cours, il vaut mieux éviter de passer deux heures par jour à "bidouiller" le moteur tribord qui refuse obstinément de démarrer. C'est très mauvais pour le moral de l'équipage !
Règle no 1 du navigateur : la fiabilité est inversement proportionnelle au nombre d'équipements embarqués à bord ! La première chose à faire dans la préparation d'un bateau de voyage est donc de lister les équipements dont vous avez VRAIMENT besoin. Si personne n'envisagerait aujourd'hui sérieusement de se passer d'un GPS ou d'une cartographie sur ordinateur, qu'en est-il vraiment d'une machine à laver la vaisselle ou d'un sèche-linge pour un programme Caraïbes ? Et que dire de la climatisation, qui peut être agréable au port, mais qui, si le bateau est bien ventilé, ne l'est absolument pas au mouillage ? On peut multiplier à l'infini ces exemples. C'est à chacun de faire ses choix en fonction de ses envies et de son bateau, et en n'oubliant pas qu'en multicoque (quel qu'il soit) le poids, c'est l'ennemi, et que vivre sur un bateau n'offre pas le même confort qu'à la maison… Toute erreur d'appréciation à ce niveau conduira à un bateau très cher (à l'achat et à l'entretien) et/ou peu fiable !
Pour la révision des moteurs comme des saildrives, pour préparer correctement la carène, la mise au sec de votre bateau de voyage est indispensable.
L'autonomie
Vous souhaitez vivre un an à bord de votre catamaran, avec votre famille ? Très bien, mais si vous voulez éviter les marinas – hors de prix et franchement désagréables –, il va falloir travailler sur l'autonomie de votre bateau.
Au niveau électrique, il va donc falloir faire un bilan très minutieux de vos besoins en fonction des équipements que vous allez installer à bord. Les panneaux solaires modernes permettent sans aucun problème l’autonomie d’un bateau bien réfléchi. Encore faut-il avoir soigneusement vérifié le circuit électrique, changer de manière impitoyable toutes les connectiques douteuses et énergivores et avoir accouplé à votre système des batteries modernes et en bon état. A ce sujet, devant le budget (important) d'un voyage en bateau d'une ou plusieurs années, faut-il vraiment économiser sur le parc batteries, considérant les services que celles-ci vont vous rendre ? Alors soyons fous, changez-les pour des neuves, modernes et bien plus performantes !
Autre point clef de l'autonomie : l'eau. Nous parlons ici de celle (douce) qui se boit et non pas de celle, salée, qui entoure votre bateau ! Pour avoir de l'eau à bord, vous avez deux solutions : avoir de grands réservoirs qui vous offrent une autonomie limitée, mais prévisible, ou opter pour un dessalinisateur qui transformera l'eau salée en eau douce. Là encore, tout dépendra de votre programme et de votre attitude vis-à-vis des marinas. Si vous y êtes allergique et que vous partez pour le fin fond des atolls du Pacifique, le dessalinisateur est indispensable. Il faudra lui prodiguer des soins réguliers et avoir à bord toutes les pièces de rechange indispensables à sa bonne santé. Moyennant quoi, vous ne serez limité, dans vos escales sur les îles désertes, que par votre capacité à sortir votre nourriture de la mer…
Si votre année sabbatique doit se passer en Méditerranée ou aux Antilles, où les escales sont proches les uns des autres, le dessalinisateur n'est pas indispensable. A vous d'apprendre à votre équipage à se contenter de l'eau à bord en traquant le moindre excès. Mais attention, un équipage à cheveux longs pourra n'apprécier que modérément une dictature trop stricte sur ce sujet délicat.
Enfin, n'oubliez pas qu'un dessalinisateur vous permettra aussi de nettoyer régulièrement à l'eau douce votre bateau, ce qui est vraiment le b.a.-ba de l'entretien.
Même un bateau ancien peut vous emmener loin, moyennant une bonne préparation.
La sécurité
On ne plaisante pas avec la sécurité, surtout lorsque l'on envisage de partir pour un an ou plus en famille à bord d'un bateau. Le principe même de la sécurité à bord d'une embarcation est de pouvoir rentrer au port. Donc, une attention toute particulière devra être portée aux moteurs et aux voiles (voir ci-dessous). Mais l'erreur la plus commune consiste à négliger le gréement. Pour une raison qui échappe à toute logique, la plupart des candidats au départ envisagent très sérieusement de changer les moteurs, de se faire tailler une garde-robe sur mesure… mais peu parlent du gréement. Pourtant, un hauban qui lâche et ce peut être l'enchaînement des catastrophes amenant au pire.
Quels que soient le bateau et celui qui vous le vend, et même si vous en êtes le propriétaire depuis des années, tout, absolument tout, doit faire l’objet de vérifications, essais, modifications, dans le médium et au près dans la grosse "baston" avant le départ. Et par pitié, les gréements et martingales de plus de 6 ans seront changés obligatoirement avant un grand départ !
Par ailleurs, l'insubmersibilité des multicoques ne doit pas vous permettre de vous oblitérer du bon sens marin. Donc, la survie sera régulièrement inspectée et le bidon de survie sera systématiquement à poste à chaque départ. Chaque skipper a ses habitudes et ses petites manies. Mais on devrait trouver dans ce bidon de survie au moins une VHF portable chargée, un dessalinisateur à main, une balise de détresse, une couverture de survie, de la crème écran total, une bouteille d’eau, quelques médicaments, des substituts alimentaires, etc.
La vérification du gréement est indispensable avant chaque appareillage.
Voiles et moteurs
Nous sommes ici encore dans la sécurité, mais aussi dans le confort. Donc, même logique que pour le gréement, on ne lésine pas. Vous imaginez-vous naviguer entre les îles des Caraïbes (mais c'est aussi valable en Méditerranée ou dans le Pacifique) avec une grand-voile en forme de sac, et vous faisant doubler par le moindre monocoque de location ? Impensable !
Vous êtes à bord d'un voilier, donc n'hésitez pas : sacrifiez la dernière version de la tablette ou de l'ordinateur capable de vous donner le prénom du poisson qui passe à portée de votre ligne de traîne, mais investissez dans une grand-voile solide, légère et endurante, dotée de tous les moyens de contrôle (volume, puissance). Les lattes seront suffisamment raides, les boîtiers solides et les coulisseaux basse-friction permettront la réduction à toutes les allures et par tous les temps. Le génois fera l’objet de la même rigueur. Et puis, si votre budget le permet, investissez aussi dans un gennaker, qui permet de faire route par petit temps sans mettre le moteur. On ne peut plus parler aujourd'hui de voiles sur un multicoque de croisière sans parler des enrouleurs. Ils doivent être d'excellente qualité et conçus pour vos voiles et leur puissance. Avec un bon enrouleur, on roule un génois à la main sans forcer. Si vous devez utiliser le winch, c'est qu'il y a un problème quelque part. Enfin, sachez que, si l’on gagne en confort avec l'utilisation d'un enrouleur sur le génois, équiper son bateau avec une trinquette est un vrai plus en termes de sécurité. Une bonne voile d'avant quand le vent monte est un atout dont il serait dommage de se priver.
Au niveau de la motorisation inboard, on se doit d'avoir la même intransigeance qu'avec le gréement. Donc, quelles que soient les bonnes paroles du vendeur, une bonne révision s'impose avant le grand départ. Contrôle avec une analyse d'huile, puis moteurs et saildrives doivent être entièrement vérifiés par un homme de l'art. Cela implique la mise au sec du bateau et souvent la sortie des moteurs. Un investissement indispensable avant un grand départ. Ensuite, l'entretien devra être adapté, avec respect des montées en température, surveillance régulière des paramètres de fonctionnement, utilisation d’huile semi-synthèse et de filtres normalisés. Moyennant quoi, vos moteurs vous feront faire le tour du monde (au sens propre) sans aucun problème.
Qui dit autonomie, dit mouillages forains qui durent… aussi longtemps que le cœur vous en dit ! L'autonomie électrique nécessite un gros travail en amont pour être optimisée.
Le skipper
Votre bateau est fin prêt ? Bravo ! Mais êtes-vous aussi affûté que votre beau bateau ? Serez-vous capable d'emmener votre famille en sécurité tout au long de votre périple ?
Soyons honnêtes, un tour de l'Atlantique en catamaran de croisière n'a rien d'une aventure extrême, et nous avons même quelques lecteurs qui ont osé partir avec une expérience de la navigation quasiment nulle. Mais ces mêmes lecteurs avaient eu l'intelligence de bien s'entourer pour la préparation. Car, comme chacun sait, 99 % d'une navigation réussie tient dans sa préparation…
Pour vous préparer au mieux à votre voyage, il existe des organismes de formation. Ils vous apprendront en quelques week-ends ou semaines les rudiments de la navigation, et surtout comment réagir en fonction des évènements. L'idéal est bien sûr de pouvoir faire ces stages sur votre bateau ou un modèle équivalent.
D'autres stages vous permettront d'apprendre à entretenir et à réparer vos moteurs diesel, à maîtriser l'électricité à bord, ou encore à réparer vos voiles. Un stage météo n'est pas inutile pour apprendre à anticiper les coups de vent, toute comme une formation à la navigation astro. C'est fou le nombre de personnes qui se lancent dans une grande traversée en ayant une confiance aveugle dans une machine grande comme un téléphone portable… Enfin, des stages de survie et médicaux sont fortement conseillés pour apprendre à bien réagir face à des évènements qui peuvent mal tourner.
C'est à chacun, en fonction de ses connaissances, mais aussi de ses angoisses (ou de celles de son équipage) de se former avant de partir. Mais l'expérience prouve que, si la formation est utile, seule la pratique vous permettra d'avoir les bons réflexes au bon moment. Alors, n'hésitez pas à troquer la salle de cours pour un beau ciré jaune et à emmagasiner des milles…
Les stages, pour apprendre à manœuvrer un cata, mais aussi de mécanique ou de survie, sont un bon moyen de partir l'esprit plus tranquille.
L'équipage
Il y a deux types de skippers : celui qui pense embarquer des sacs de sable dont il dispose à sa guise en fonction de paramètres que lui seul semble comprendre, qui n'est jamais content des manœuvres et trouve toujours à redire sur la consommation d'eau (voir plus haut), et le skipper toujours prêt à apprendre aux autres, aimable, heureux d'être sur son bateau avec sa famille ou ses amis. Si vous êtes le skipper no 1, il ne sert à rien de vouloir préparer votre équipage, il n'aura jamais grâce à vos yeux.
Pour tous les autres, il est plus qu'utile que l'équipage ait une formation minimum. Le pire étant si le skipper passe par-dessus bord (et c'est arrivé aux meilleurs !). Il faut alors que les équipiers restés à bord puissent venir le récupérer. C'est une question de survie pour celui qui est à l'eau, mais aussi pour ceux qui sont toujours à bord !
Donc, les équipiers, et même les plus jeunes à partir de 6 ou 7 ans, devront savoir mettre en marche les moteurs, affaler les voiles et être à même de répéter la manœuvre de l'homme à la mer. Savoir faire fonctionner l'ordinateur de bord et tracer une route est tout aussi indispensable, tout comme savoir se servir de la radio ou du téléphone satellite. Et puis, si l'équipage doit passer un an ou plus à bord, il vaut mieux qu'il connaisse bien son environnement à venir et qu'il l'apprécie. Donc, avant de partir, n'hésitez pas à multiplier les petites croisières de plusieurs jours, si possible dans des coins paradisiaques… Le jour où vous annoncerez votre idée de "grand départ", vous récolterez ainsi un vivat bien mérité et votre équipage n'en sera que plus motivé pour vous aider dans toutes les manœuvres.
Bonnes navigations, et n'oubliez pas de nous envoyer vos Cartes Postales !
N'oubliez jamais que la bonne préparation est celle qui vous permet de naviguer… et de profiter de vos mouillages ! A vous de trouver le bon équilibre.
Equipements : les indispensables
Pilote automatique
Indispensable. Il faut le (ou les) choisir avec soin. C'est quand même lui qui fera le sale boulot. Vous, vous ne barrerez que quand vous en aurez envie !
Guindeau / mouillage
Ne lésinez pas sur ce poste. Le guindeau et le mouillage sont votre assurance pour des nuits sereines. Il en faut au minimum deux à bord, et surtout de la chaîne. C'est lourd, pas toujours bien placé, mais sur un cata de croisière, c'est indispensable. Le guindeau doit être suffisamment puissant, le chemin de chaîne optimisé. Mouillage principal : 100 m de bout + 60 m de chaîne. Mouillage secondaire : 60 m de bout + 40 m de chaîne. Mouillage mobile : ancre aluminium + 5 m de chaîne + ligne plombée en sac de toile… Voilà qui permet de faire face !
Le choix de l'ancre doit lui aussi être bien réfléchi.
Electronique
Qui aurait l'idée saugrenue de partir sans une électronique complète ? L'installation doit être soignée et le mode d'emploi bien assimilé avant de larguer les amarres…
Dessalinisateur
Y a-t-il encore des personnes prêtes à partir en voyage en bateau sans un dessal à bord ?
Panneaux solaires
L'erreur serait de ne pas en avoir à bord. Sur un cata, il y a suffisamment de place pour les installer. Il faut les choisir orientables et de dernière génération. Ensuite, en fonction de leur capacité de production, il ne vous reste qu'à choisir vos équipements électriques !
Groupe électrogène
Un moteur supplémentaire à bord… Mais apte à offrir de nombreux services. Certains en embarquent un portable, qui ne sort de son coffre qu'au moment opportun. Tout dépend de votre consommation électrique et du niveau de confort recherché.
Froid
Indispensable, le réfrigérateur n'est pas un luxe à bord de nos bateaux. Mais attention, il consomme beaucoup d'énergie. Il faut donc bien le choisir, pour qu'il offre le meilleur rapport rangement / pratique / consommation. Quant au congélateur, s'il permet de stocker des denrées comme de la viande et de garder sa pêche longtemps… tout en permettant de mettre un glaçon dans le ti-punch, il est particulièrement énergivore.
L'annexe
Si votre catamaran est votre maison, l'annexe est votre voiture… Il faut donc pouvoir la hisser facilement à bord, la choisir semi-rigide, solide, résistante aux UV des tropiques et avec une bonne motorisation (8 à 15 CV) pour en profiter pleinement.
Voiles
La grand-voile d'un catamaran de grande croisière mérite une attention particulière. Elle doit être "en béton", avec de grands renforts, facile à régler, à réduire, et légère ! Pour les voiles d'avant, en plus du génois sur enrouleur, vous avez le choix entre gennaker sur emmagasineur, code D ou spi. L'essentiel est de pouvoir prendre du plaisir à la voile, même quand le vent est faible. Prenez le plus grand soin du easy bag et des lazy-jacks : ils sont pratiques et très utiles. N'hésitez pas à les renforcer et à doter vos lazy de poulies afin qu'ils soient réellement réglables.
Moteurs
Un catamaran nécessite de bons moteurs. Alors, dans le cadre d'une préparation à un grand voyage, peut être faudra-t-il envisager de passer à une motorisation plus puissante. Attention toutefois au surcoût que cela représente, et surtout au surpoids que cela implique.