Tout d’abord, pour bien choisir son hélice, quelques informations essentielles sont à réunir. Le déplacement de son bateau, ses formes de carène, son fardage, bien plus important que sur un monocoque, sont bien sûr les premières clés à trouver. Les caractéristiques des moteurs viennent immédiatement derrière : courbes de couple et puissance développée à chaque niveau de régime (tours par minute, ou rpm en anglais), type d’inverseur et rapport de réduction seront des données nécessaires à un vrai spécialiste des hélices pour vous proposer l’optimum de cet appendice trop souvent négligé. Attention de ne pas succomber aux mauvais réflexes souvent hérités de nos nombreuses années de monocoque. Deux fois la puissance installée par coque n’est pas équivalente à la puissance installée sur un monocoque de même masse. Aussi, si on veut vraiment rentrer dans le détail et jouer le jeu jusqu’au bout, notre motoriste doit pouvoir nous donner d’autres informations essentielles : couple maximum sur l’hélice, diamètre maximum de cette dernière. On entre là dans un débat de haute volée inaccessible au commun des mortels, mais qui peut avoir de très bonnes répercussions sur les performances de son multicoque. Une bonne hélice est toujours un très bon investissement. Elle peut à elle seule compenser une impression de légère sous-motorisation. Et en cas de puissance adaptée, elle aura toujours un effet positif sur la consommation en la réduisant potentiellement de manière significative.
Là où l’équation se complique, c’est que l’on aimerait avoir une hélice qui offre un maximum de réactivité, en marche arrière comme en marche avant dans les manœuvres de port. Une autre qui délivre un rendement particulièrement efficace associé à une faible consommation sur de longues distances par vent nul. Et enfin une dont la traînée serait proche du néant lorsque le vent gonfle nos voiles. Si en plus elle pouvait éviter d’accrocher tout ce qui malheureusement traîne dans nos mers, ce serait vraiment idéal. En fait, en théorie, il faudrait une hélice bec de canard quand on navigue à la voile et une hélice trois ou quatre pales fixes pour les longues distances et les manœuvres dans espace restreint. Facile, non ? Aussi, longtemps, nous sommes-nous contentés d’hélices bipales fixes ou bec de canard, car cela semblait être le meilleur compromis possible. Heureusement, de quelques cerveaux ingénieux est sortie l’hélice à pales orientables. Eurêka ! Ils ont trouvé la solution pour fonctionner aussi bien en marche avant qu’en marche arrière (mieux qu’une hélice fixe), réduire drastiquement le frein que représente l’hélice lorsqu’elle n’est pas utilisée, et même pouvoir adapter le pas à son programme. Depuis, les hélices tripales repliables équipent la majorité de nos voiliers.
Ne reste à choisir que le matériau. Si le bronze se taille la part du lion, c’est sans aucun doute que le prix des versions inox est jugé prohibitif. Quant aux hélices aux pales composites, elles avouent encore une certaine fragilité, au point de ne pas les recommander pour les multicoques les plus rapides. Mais attention, l’avenir est en marche, non seulement en termes de matériaux, mais aussi sur nos futurs bateaux à propulsion électrique. Les hélices fourniront bien sûr toujours la poussée lorsque nous serons au moteur, mais seront aussi "réceptrices" d’énergie pour recharger nos batteries lorsque nous serons sous voile. De nouveaux compromis et de nouvelles formes à optimiser. Bref, cette invention du début du XIXe siècle que l’on croyait éternelle pourrait encore évoluer de manière aussi discrète qu’intéressante.
Mais une fois au moteur, les hélices doivent pousser !
Les hélices fixes :
C’est la Rolls Royce de ceux qui veulent naviguer longtemps et loin au moteur. A trois pales, voire quatre pour un parfait équilibre et donc moins de bruit et de vibrations, elle mènera votre bateau au bout du monde avec une régularité de métronome. Bien calculée et parfaitement adaptée à votre bateau et surtout au moteur auquel elle est reliée, elle tirera la plus grande efficacité de ce dernier, au régime le plus bas, pour la consommation la plus faible possible. S’il n’y a pas plus efficace au moteur, c’est sous voile qu’on en voit les inconvénients. Son importante traînée ne fait pas que ralentir votre belle progression. Elle est également source d’efforts importants. En effet, sous la pression de l’eau avec la vitesse, l’hélice ne demande qu’à tourner. La bloquer, au-delà de l’hydrofrein fantastique ainsi créé, peut dans des cas extrêmes entraîner jusqu’à une casse moteur. Si on la laisse libre, la traînée sera moindre et le risque de gros ennuis écarté, mais la rotation de l’arbre ou du sail drive entraîne des efforts mécaniques synonymes à terme d’usure et de moindre performance.
Prix : autour de 500 euros

Les + :
Performance au long cours
Performance en marche arrière
Economique
Les - :
Traînée néfaste sous voile
Risque d’usure sous voile
Risque de casse sous voile
Les hélices repliables
La fameuse « bec de canard », qui fait paraître si longues les secondes entre le moment où vous inversez la manette des gaz et celui où le moment s’arrête effectivement. Pour un programme résolument orienté régate, elle a pourtant toute sa place, se faisant presque totalement oublier lorsque l’on navigue à la voile avec jusqu’à 85 % de traînée en moins par rapport à une hélice fixe équivalente. Au moteur, si pour rejoindre la zone de départ par temps de demoiselle on ne s’apercevra même pas de la différence, face au vent, face à la mer, il faudra faire rugir le moteur pour ne pas faire du sur-place. Mais le pire est à venir lorsqu’on enclenche la marche arrière à quelques décimètres du quai.
Prix : de 500 à 1 000 euros

Les + :
Faible traînée sous voile
Prix abordable
Simplicité
Les - :
Faible puissance
Marche arrière
Performance dans la mer formée
Les hélices à pales orientables :
Pour nous, amateurs de performance à la voile mais un peu stressés dès qu’il s’agit de rentrer notre joli multicoque soudain devenu bien grand dans la microscopique place de port qui nous a été généreusement allouée, c’est sans aucun doute le Graal ! Grâce à leurs pales orientables, elles sont aussi efficaces en marche avant qu’en marche arrière. Sous voile, elles ont l’extrême délicatesse de se faire oublier en se mettant en drapeau. Pour les multis les plus rapides, il faut d’ailleurs bien veiller à la stabilité de l’hélice, une fois refermée, à haute vitesse. De même, pour ceux qui sont sensibles au dixième de nœud, la forme hydrodynamique de cette même fonction peut varier d’un modèle à l’autre. En effet, les acteurs sont nombreux sur ce produit haut de gamme : Autoprop, J-Prop, Max Prop, Varifold, Flexofold… Chaque fabricant propose son innovation, ses qualités, qui vous séduiront, ou pas, en fonction de votre programme, de votre sensibilité au sujet : changement de pas automatique ou au contraire manuel pour l’adapter parfaitement au moment (longue traversée, course ou croisière côtière, par exemple), la présence d’amortisseur qui devrait être obligatoire si on veut ménager son inverseur, notamment en saildrive, d’anode intégrée… Dernier avantage, et non des moindres, une fois en drapeau, ces hélices ont moins tendance à accrocher tout ce qui traîne dans l’eau (filets, algues, bouts, sacs en plastique…).
Prix : de 2 000 à 3 000 euros

Les + :
Performance
Polyvalence
Faible traînée sous voile
Les - :
Prix
Mécanique fragile
Réglages à trouver

Tous mes remerciements à Jean-Michel Arnaud et Guy Saillard pour leurs précieux conseils.
