POUR LE SPINNAKER PARASAILOR - Par Annie Bernard
Annie est depuis 2010 l’importatrice pour la France des spinnakers Parasailor. Conçue par la société Istec, premier fabricant mondial de parapente, cette voile atypique a été mise au point grâce à la technologie aéronautique. Annie nous en explique les avantages.

« Depuis une dizaine d’années, vous avez sûrement remarqué – avec étonnement peut-être – cette voile de portant sur les plans d’eau. Les tuyères et l’aile flottante sur l’extrados procurent au Parasailor un look facilement identifiable. Cette voile, apparue en 2009, s’est taillé la réputation d’un spinnaker symétrique dont la forme est maintenue grâce à son aile intégrée. C’est avant tout une voile de croisière pour équipage réduit qui privilégie la sécurité grâce à sa grande stabilité. Ses qualités ont permis à l’équipage d’un Fountaine Pajot Salina 48 de remporter l’édition 2015 de l’ARC devant des Outremer ou autre Neel 45, bien plus performants sur le papier. La tuyère sert de soupape dans les rafales, vidant la voile de la pression, et l’aile évite au guidant tout comme à la chute de décrocher trop facilement. Ces particularités ont permis à notre équipage test de garder le spi 90 % du temps de navigation, battant aussi au passage le record de vitesse du catamaran à plus de 24 nœuds. Pour cette occasion, le spi était surdimensionné pour être porté plus longtemps, et donc booster les performances. Avec sa taille standard de 170 m² pour un 47 pieds, les risques d’explosion sont quasi inexistants, même avec trente nœuds dans les surventes. En dix années d’exploitation, nous n’avons pas eu à déplorer de casse sévère. Le tissu, un nylon double rip-stop d’un poids de 44 g/m² jusqu’à 220 m² de taille et de 70–75 g/m² au-delà, est de qualité aéronautique. Sur les derniers modèles, les points d’écoutes ont été renforcés. Avec la tuyère qui atténue les tensions et maintient le spi vers le haut, la coque sous le vent s’en trouve soulagée et les risques d’enfournement par fort vent sont considérablement amoindris. Selon l’usage que l’on veut faire, il est possible de choisir une longueur de chute de plus ou moins un mètre entre le point de drisse et le niveau du pont. La plupart des clients ont opté pour une tranquillité et un confort de navigation avec une petite taille, mais la nouvelle génération est optimisée pour marcher aussi dans le tout petit temps, à partir de deux-trois nœuds. La taille de l’aile a été réduite, ce qui facilite l’envoi et l’étouffement avec la chaussette Easysnuffer. Sa forme, plus cambrée avec des volets de soupape, assure une plus grande réactivité grâce à un écoulement des particules d’air plus fluide. Cette nouvelle génération autorise des remontées jusqu’à 70° du vent apparent et une descente jusqu’au plein vent arrière à 180°. La plage d’utilisation est donc très grande. Comme cette voile corrige les petits écarts en se regonflant sans avoir à intervenir sur les écoutes, le pilote automatique pourra être sollicité fréquemment, et s’il est réglé en mode vent, il se peut que vous n’ayez pas à intervenir sur de longs bords. »
POUR LE SPINNAKER TRADITIONNEL - Par Bernard Mallaret
Bernard est le directeur général de la voilerie Delta Voiles – basée à Montpelier depuis 1972. Très impliquée aussi bien dans la régate que dans la croisière au long cours, la voilerie propose du sur-mesure, et Bernard nous donne les atouts d’un spinnaker symétrique traditionnel.
« Le spinnaker traditionnel est une voile apparue il y a plus d’un siècle sur les yachts, mais sa forme actuelle remonte plutôt aux années 50-60, époque où la course au large a connu un développement plus rapide et plus étendu. D’abord bi-radiale puis tri-radiale ou encore en étoile (star-cut), la coupe du spi symétrique n’a cessé d’évoluer. Même si les asymétriques et autre Code 0 leur ont fait un peu d’ombre ces deux dernières décennies, il reste néanmoins une formidable voile de vent portant très polyvalente. Son usage, en gréant les écoutes sur chaque bord et les bras sur chaque proue, autorise une grande plage d’utilisation. En revanche, les réglages nécessitent d’avoir deux winches sur chaque flotteur afin de pouvoir manipuler bras et écoutes simultanément. Avec un équipage bien entraîné à ces manœuvres, une amplitude de route de 50° à 180° du vent apparent est possible en fonction des qualités hydrodynamiques du bateau et de la force du vent. Ces vingt dernières années ont été très évolutives au niveau des possibilités de coupe. Grâce au dessin numérique, on peut vraiment donner la forme que l’on veut en fonction du programme du bateau. Chaque voile est réalisée sur mesure en fonction des habitudes de navigation du client, et on peut y donner plus ou moins de confort/performance en fonction du niveau de l’équipage, de son nombre ou de ses envies. Pour un parcours de transatlantique où l’on descend au vent arrière à 160°-180° avec une moyenne de quinzevingt nœuds de vent, on utilisera du tissu de 65 g/m² capable de résister à des rafales jusqu’à trente nœuds. Sur l’ordinateur, on donnera un dessin très peu épaulé et une coupe des laizes assurant une forme très creuse dans les hauts, ce qui apporte une force ascensionnelle très sécurisante sur la houle. Avec cette forme conciliée avec un réglage des écoutes assez horizontal, facilitant le maintien du spi, on obtient une stabilité parfaite dans les alizés. A l’autre extrême, pour un programme côtier ou méditerranéen, le grammage pourra légèrement baisser, et une coupe plus aplatie permettra des angles de remontée à 50° dans un vent faible, ce qui arrive fréquemment le long des côtes. Au vent arrière très fort en rafale sur une mer plate, on pourra contrôler ce type de spi en l’aplatissant à l’aide des bras qui seront repris sur chaque proue. Un programme de navigation comportant beaucoup de largue, un grammage médian sera retenu avec une forme adéquate et des renforts plus épais sur chaque chute pour faciliter de dévidement du spi. Aujourd’hui, les bateaux sont très différents : le spi symétrique traditionnel est un outil passe-partout que l’on peut façonner sur mesure. A l’aide de la technologie moderne, on peut offrir une tolérance maximum, ou bien jouer jusqu’à des réglages extrêmes pour des connaisseurs ou la compétition. »