Pour commencer, distinguons avarie et fortune de mer. Contre la seconde, vous ne pouvez malheureusement pas grand-chose. C’est le container à la dérive flottant entre deux eaux, et donc invisible, qui vous arrache le safran ou un quillon avec forte voie d’eau. Ou c’est une pièce neuve qui casse par un défaut de fabrication et entraîne un démâtage. Il sera alors essentiel de redoubler d’ingéniosité et de sens marin pour vous en sortir. Rassurez-vous tout de suite, ces fortunes de mer sont très rares. En termes statistiques, elles sont même négligeables, même si elles font les choux gras de certaines rédactions. En revanche, la première est beaucoup plus fréquente. Dans la mesure où un multicoque est un ensemble de pièces mécaniques, il est normal de connaître tôt ou tard, à l’instar d’une automobile, une avarie çà et là. Mais pas de panique : là aussi, leur recensement témoigne plutôt de petit ennuis. Deux causes en sont le plus souvent à l’origine : la défaillance humaine, avec des gestes inappropriés, et le défaut d’anticipation, corollaire d’un entretien négligé ou incomplet.
Nos actes manqués
Avant toute chose, et même si les multicoques sont particulièrement sûrs aujourd’hui, n’oubliez pas que vous êtes sur l’eau. L’étanchéité est cruciale, et trop nombreux sont les panneaux de pont ou vannes de toilettes non fermés. Rien de mieux pour permettre à l’eau d’envahir les fonds. Un point à vérifier lors de tout appareillage, d’autant que cette eau stagnante pourrait bien s’attaquer au circuit électrique. En montant à bord, attention à ménager les chandeliers qui finissent par laisser infiltrer l’eau. Au démarrage, le respect de la montée en température du moteur ainsi que la vérification de son bon refroidissement (vannes bien ouvertes, cette fois-ci) préviendra d’une surchauffe inopinée. Jeter un petit coup d’œil sur l’étanchéité du presse-étoupe n’est pas un luxe non plus. Une fois en navigation, compte tenu des fréquents ofnis qui s’invitent sur les plans d’eau, aucune excuse pour ne pas détecter ceux qui sont indentifiables, c’est-à-dire visibles. En toutes circonstances, la veille s’impose pour prévenir d’un choc au niveau de la flottaison – en plus de la surveillance des autres navires pour éviter toute collision. Cette attention sera redoublée en zone côtière : grâce au suivi de vos instruments et à une observation constante, vous éviterez les talonnages. Ne souriez pas, voilà l’avarie la plus fréquente – cela n’arrive pas qu’aux autres.
Un rangement ordonné peut également éviter bien des ennuis. Les bouts qui traînent un peu partout façon spaghettis finissent par causer un souci en se logeant sous le capot d’un coffre, sous la barre ou dans la baille à mouillage. Le mouillage qui ne file pas rapidement au plus mauvais moment peut engendrer de lourdes conséquences. Une coque qui se forme sur un bout peut contrarier une manœuvre comme un virement de bord ; un manque à virer et peu d’eau à courir font mauvais ménage. Notre bord regorge de nos jours d’assistance électrique ou hydraulique pour les winches, le mouillage, les plates-formes ou portiques d’annexe. La règle essentielle, c’est de ne pas être focalisé sur le bouton que vous pressez, mais bien sur ce que cette commande implique. Sinon, les coutures de vos voiles n’y résisteront pas. Mais si les voiles déchirées, les ancres bloquées et autres chandeliers arrachés sont des détériorations finalement courantes et banales, c’est la succession de petites avaries qui est susceptible d’engendrer des situations périlleuses, tout particulièrement lors des navigations par vent fort ou très près d’un obstacle. L’intérieur de votre multicoque comporte aussi son lot de potentielles déconvenues. Le WC arrive en première position. Souvenez-vous, ils n’acceptent que du papier toilette dégradable, et rien d’autre. Les charnières des équipets sont des mécanismes soumis à rude épreuve. Les batteries, elles, n’engendrent pas de casse, mais, avec une consommation d’énergie peu maîtrisée, vous pouvez en venir à bout en les vidant complètement. Même si elles n’ont pas pris l’eau, la facture sera salée…
Un entretien minimum
Qu’on le veuille ou non, la voile est une activité ou un sport mécanique qui exige une bonne préparation du matériel. Il ne vous vient pas à l’idée de rouler 20 000 km en voiture sans vous soucier du niveau d’huile et de celui des liquides de refroidissement et de frein. Eh bien, en navigation, c’est pareil ! Certaines précautions sont indispensables pour minimiser l’inventaire des problèmes possibles. J’écris bien « minimiser », car le risque 0 n’existe pas en mer – c’est sans doute pour cela aussi que l’on navigue. Certaines pièces qui lâchent, telles qu’une goupille toute bête, peuvent avoir des conséquences disproportionnées : votre mât tient debout grâce à des éléments en inox qui coûtent parfois moins d’un euro... Toutes les pièces ont une durée de vie plus ou moins longue qu’il convient de répertorier afin de naviguer en sécurité avec des éléments dont l’usure est acceptable – et donc maîtrisée. La maintenance apparaît dès lors primordiale pour qui veut ménager sa monture. L’entretien d’intersaison comprendra une révision des moteurs (filtres et turbine de refroidissement), une vérification des drisses, réas, haubans, anneaux brisés, autres bloqueurs et enrouleurs. Le graissage des pièces mécaniques comme les winches, guindeau, drosses de barre à roue, mèche de safran est à effectuer dès que nécessaire pour échapper à la rouille et prévenir d’une usure par frottement. La tension du haubanage est très importante pour éviter de faire fouetter le mât dans le clapot – l’espar peut aussi finir sur le pont sur un coup de tangage violent. Les voiles méritent une attention particulière. Têtière, chute, bordure et goussets de latte sont à vérifier annuellement. Des renforts au niveau des points de friction, la pose de bandes anti-UV et l’enfilage de tauds de protection sont indispensables pour les préserver plus longtemps. Le circuit électrique bénéficiera d’un bilan. Un coup de bombe sur les connexions et la pose d’un contrôleur de niveau paraissent judicieux. L’électronique placée à l’extérieur est aussi très sujette à l’infiltration d’eau. Refaire les joints peut s’avérer utile pour ne pas avoir un écran noir au moment où vous entrez dans une passe un brin tortueuse. Parfois, ces instruments installés en interface peuvent se contaminer. Les circuits de gaz, de carburant et d’eau sont également des points critiques à ne pas négliger. Resserrage des colliers et changement des durites usagées s’avèrent très importants. Vous voilà parés pour une belle croisière sans souci !