Du haut de Pyrmont Bridge, on est d’abord frappé par ce design d’une incroyable fluidité. Sur tout autre bateau, les hublots ronds aux diamètres décroissants du roof pourraient sembler "datés". Ici ils confirment l’impression que l’on a affaire à quelque chose de différent, jusqu’alors inconnu, un Objet Flottant Non Identifié. La peinture gris nacrée intégrale sublime ses lignes, homogénéise ses volumes, capte et renvoie la lumière. Descendu sur le ponton, au pied de la jupe, on est presque intimidé ! La robe d’antidérapant nacré semble parfaitement envelopper les formes dues originellement à Ian Farrier, aidé par le talentueux cabinet de designers australiens Murray Burns & Dovell (MBD). Depuis 1989 à Newport au nord de Sydney, ils ont signé parmi les plus élégants et les plus performants plans que l’on puisse imaginer : Ricochet en est indéniablement un éminent représentant. Tout l’aménagement a enfin été récemment revisité et magnifié par le designer et architecte d’intérieur Burley Katon Halliday (BKH Sydney & New York).
On est pourtant très vite mis à l’aise par l’immense sourire de Frank, qui comme la majorité des Australiens, ne s’embarrasse pas de mondanités. Le contact est franc et jovial : bienvenue à bord ! Derrière ses lunettes de soleil à l’abri de sa casquette, petit bouc et coupe de cheveux nous font penser à un certain Sir Richard Branson. Ajouté à cette frappante ressemblance, il s’avère que Frank a été le skipper de Necker Belle, le catamaran de 32m du créateur de Virgin ! Mais la ressemblance entre les deux hommes ne s’arrête pas là ! Il est lui aussi animé par cette même recherche de l’excellence, même créativité, même souci du détail. Frank a d’ailleurs fait appel aux fournisseurs de Necker Belle pour réaliser et équiper Ricochet : l’assurance d’atteindre l’exceptionnel dans tous les domaines.
Les portes du carré s'escamotent dans la cloison du roof. Bienvenue à bord !
En matière de construction, Ricochet a bénéficié des technologies les plus avancées lors de sa construction initiale en 2004 par Multihull Technologies Australia, pour finalement ne peser que 8.5 tonnes sur la balance. Les refit de 2008 et 2013 ne feront que poursuivre et parfaire la quête d’absolu. La qualité du sandwich carbone époxy et la perfection du rendu de la peinture Awlgrip ‘Metallic Silver’ trahissent les milliers d’heure d’enduit, ponçage, finition, nécessaires à un tel résultat. Si le mât rotatif et la bôme canoë, forcément en carbone et de la même livrée Silver immaculée ne surprennent pas, si la martingale elle aussi réalisée dans cette fibre remarquable laisse envisager que l’on a pensé à tout et mégoté sur rien, que dire de ce siège de barre semblant prendre racine dans le pont ? Forme et liaison reproduisent sans la moindre aspérité, ce que la nature a de parfait. On reste stupéfait devant le poli-miroir des parties lisses. Admiratif de ces lignes qui filent sans heurt, tantôt transversalement le long de la poutre arrière, ici longitudinalement le long du roof, contournant enfin de façon si évidente un winch tout d’inox vêtu, encastré juste ce qu’il faut. L’accastillage réunit forcément les meilleures marques. Les voiles sont ciselées par la voilerie Quantum dans les matières les plus nobles, à l’image de la Grand-Voile Membrane Carbone / Black Technora. Le tableau de bord qui trône derrière la barre à roue bâbord fait immédiatement penser à un tableau de Joan. Le choix de chaque courbe, chaque coussin, chaque teinte contribue pleinement à créer une ambiance d’harmonie et de bien-être. Jusqu’aux lattes de teck du cockpit dont l’alignement et l’assemblage minutieux sont une invitation à entrer au cœur de ce bijou.
Les portes du carré font mieux que s’ouvrir, elles s’escamotent avec élégance dans la cloison de roof. Elégance, c’est le mot qui définit le mieux l’atmosphère intérieure. Le rayon d’angle de chaque meuble a été réfléchi pour non seulement ne jamais heurter le regard ou les corps, mais surtout, au final, donner une sensation de sérénité et de repos, d’équilibre parfait. Perfection aussi de toutes les surfaces peintes. Ici pas de vaigrages ou de contre-moules pour cacher la misère. Plutôt des milliers d’heures de main-d’œuvre et un savoir-faire impressionnant pour atteindre un tel niveau de qualité, d’uniformité dans le rendu de toutes les parois. Sobriété, efficacité, esthétisme sont l’ADN de cet intérieur futuriste. Si les différentes nuances de gris dominent, quelques touches de rouge donnent vie à l’ensemble. La magie finit d’opérer lorsque la nuit tombe et que l’éclairage led « enflamme » l’intérieur de sa lueur carmin! Il révèle les sols recouverts de Bolon, et transforme en sculpture une simple cuvette de toilette, il est vrai tout de carbone moulée !
Le siège de barre semble prendre racine dans le pont…
Les aménagements sont simples, épurés. Une longue banquette faisant dos à la route et quelques tabourets entourent une table ovoïde. A tribord un meuble accueille un bloc cuisine à l’intégration soignée. Son vis-à-vis reçoit, lui, la table à cartes et son instrumentation complète. Cette fonction des plus traditionnelles se trouve ici conjuguée à un nouveau temps : le futur parfait. Chaque interrupteur semble tout droit sorti d’un film de science-fiction, ou du cerveau de Jonathan Ive. Chaque coque accueille deux cabines doubles et une salle d’eau. Performance et donc finesse des coques obligent, on est loin de l’espace proposé à bord d’un catamaran de grande série classique. Mais actionnez le panneau coulissant intégré qui privatise les couchettes arrière et vous oubliez instantanément toute velléité de confort futile pour vous concentrer sur la fonctionnalité de l’essentiel.
En matière de design, le mobile a l’iPhone, les musées le Guggenheim de Bilbao, l’automobile la Ferrari. Le catamaran de croisière a Ricochet. Un voilier absolument unique, troublant, inoubliable. Tel le Duport, LE violoncelle de Rostropovitch créé par Stradivarius en 1711, les amateurs se l’arracheront et le choieront au fil du temps. Ne pas compter les heures, oublier toute notion financière, tout effet de mode. Ne penser qu’à la beauté du résultat, à la perfection de chaque détail, à l’homogénéité et l’intemporalité de l’ensemble. Au pied du mythique opéra de Sydney référence s’il en est de l’architecture et du design, vous pouvez enfin profiter de la glisse, de la vitesse et de la beauté du plus beau et du plus abouti des catamarans. Frank et Lenny vous accueillent à son bord pour une journée ou plus. Eh oui, mauvaise nouvelle, si Ricochet est à louer, il n’est pas à vendre. Gageons que lorsqu’il le sera nous serons nombreux sur la liste des prétendants. Encore faudra-t-il le mériter.
Aménagements simples et épurés à bord de Ricochet, mais à l'intégration toujours soignée, comme ici avec le magnifique bloc cuisine…
Fiche technique
Longueur : 47' ou 14,32 m
Largeur : 23' ou 7,10 m
Tirant d'eau : 0,90 m / 2,25 m
Déplacement : 8 500 kg
Motorisation : 2 x 30 CV Yanmar
Fuel : 400 l
Eau : 500 l
Grand-voile : 70 m²
Solent : 28 m²
Code Zero : 66 m²
Gennaker : 105 m²
Spinnaker : 140 m²
Prix : Objet unique et donc sans prix...
Avec ses coques fines, les cabines sont loin de l'espace proposé à bord des catamarans de 50 pieds d'aujourd'hui... Mais est-ce si important ?