Le Tricat 25, lancé en 2005, se voulait un peu plus sage, plus croiseur que son turbulent petit frère, le 22. Avec la nouvelle version dénommée Evolution, le chantier Tricat a placé le curseur un peu plus haut. Antoine Houdet, le patron du chantier, s’est drôlement investi, puisque, cette fois-ci, c’est lui qui a dessiné les flotteurs – validés ensuite par l’architecte maison, Jack Michal. Et non l’inverse. Bon, Antoine ne compte plus ses milles en Tricat 25 et c’est lui qui a dessiné le 22, alors il sait de quoi il parle…
Oui, mais quoi de neuf ? On trouve plus de volume dans les flotteurs, dont les étraves sont désormais biseautées et inversées, des bras de liaison en composite en lieu et place des tubes en aluminium – on profite ici du savoir-faire du 30 –-, et un peu plus de surface de voile au près. La grand-voile augmente sa corne de 0,5 m2 et le génois gagne trois fois plus. Le spi également devient plus grand. Autant de modifications qui remettent le Tricat 25 Evolution dans le match en dopant ses performances face à la concurrence.
Cet exercice de restyling va forcément lui offrir une deuxième carrière sur le plan commercial : le chantier est en effet parvenu à conserver l’ancien tarif. A ce jour, le 25 1re génération a été diffusé à 28 exemplaires, et la bonne nouvelle pour ses propriétaires, c'est que les voiles, flotteurs et bras de l'Evolution sont adaptables à ce 25 première version.
Le point fort de ce modèle est assurément sa polyvalence. Plus sage que le 22 mais aussi bien plus logeable, il conserve une grande facilité de transport grâce à ses flotteurs mobiles. Comment ça se passe ? Les bras sont maintenus en place par deux sangles, une fixe et une mobile. On choque d’abord le palan qui tend les haubans, puis on ouvre le bloqueur – équipé d’une sécurité – de la sangle amovible. Enlevez le filet devant. Puis frappez un bout à l'angle bras arrière / flotteur et tirez vers l’arrière. Les bras sont montés sur un axe et charnière ; le flotteur vient se caler contre la coque centrale. Temps de repliage : moins de cinq minutes sur chaque bord. Au final, le bateau dans sa configuration pliée est plus long de 1,2 m, soit 8,9 m de long – à prévoir pour la place au port et le transport. Cette configuration protège le safran et le moteur, mais l'accès pour parer lors des manœuvres n'est pas évident. Pendant l’opération, les flotteurs s'enfoncent de 3 cm, ce qui optimise la stabilité. On passe ainsi de 70 litres immergés pour chaque flotteur à 120.
Particulièrement agréable à barrer, ce petit trimaran démarre dès les premiers filets d’air.
Un avion dès force 2 !
A démarrer le moteur pour se déhaler du ponton et c’est parti pour quelques bords, à la découverte du golfe du Morbihan. La mécanique est facilement accessible pour le barreur. On frappe une manille sur le premier coulisseau de grand-voile pour mettre la petite corne en place, le solent est déroulé… et c’est parti ! Barre neutre, sillage imperceptible. Et pourtant, nous filons au près serré (45° du vent réel) à plus de 8 nœuds alors que le vent ne dépasse pas les 10 ! Deux dérives sabres sont intégrées aux flotteurs, elles se manœuvrent depuis le poste de barre. "Par petit temps, on laisse les deux descendues, explique Antoine. Dans la brise, on remonte celle au vent pour une douceur de barre optimum." Autour du travers, le gennaker est déroulé, on attrape une risée à 12 nœuds de vent, le Tricat 25 Evolution marche à la vitesse du vent. Carrément grisant de dépasser tous les autres voiliers du plan d’eau et de cavaler aussi vite avec des conditions aussi pépères ! Le bateau a déjà atteint les 20,8 nœuds. Antoine lui prédit des runs à 22 voire 25 nœuds. Fichtre !
Le cockpit, sans être large, offre un bon confort avec deux niveaux d’assises. La table du carré peut être installée dehors. La barre d’écoute est intégrée à une poutre en polyester. Trois coffres sont prévus pour stocker pare-battages, nourrice, et aussières. Toutes les manœuvres sont regroupées au pied de la descente, à l’exception des écoutes de spi et / ou gennaker, reprises sur les deux winches des hiloires. Le pont est sensiblement plus large que la coque afin de préserver un semblant de plage avant et des passavants. Il manque néanmoins un cale-pied et une bonne prise devant le mât. Et sur le rouf, l’antidérapant manque cruellement : il n'est pas envisageable d'y grimper pieds nus s'il est mouillé !
La baille à mouillage est suffisante pour une Fob Light et sa ligne de mouillage complète. D’ailleurs, il commence à faire chaud… A la plage ! On relève les dérives et le safran pivote pour se poser tout en douceur sur le sable. Débarquer par l’arrière est aisé, mais l’échelle de bain nous a semblé un peu courte. A l’heure de repartir, repousser les 800 kg du Tricat dans 35 cm d’eau est un jeu d’enfant…
Etroitesse à la flottaison, mais largeur correcte au pont : le cockpit est bien taillé pour quatre équipiers. Et puis il y a les trampolines pour buller par beau temps ou au mouillage.
Emménagements complets, mais rustiques
Franchie la descente, vous découvrirez des emménagements relativement volumineux – les redans y font beaucoup. La hauteur sous barrot est de 1,38 m au pied de la descente. La version Croisière de notre essai propose un équipement relativement complet pour assurer un bon confort à l’équipage. La table amovible – 44 par 88 cm – fait office à la demande de coin navigation en se calant tout contre la descente. On découvre quatre couchages (2 mètres par 0,5 de largeur pour les banquettes, 213 de longueur par 1,26 m de largeur à la tête, 43 aux pieds pour la couchette double avant. C’est un peu étroit et les matelas ne font que 5 cm d’épaisseur… mais bon, c’est plus léger aussi ! Un meuble de cuisine qui se glisse dans la couchette cercueil, au fond à tribord, une installation électrique complète avec un panneau solaire, des équipets en bois et en toile sont en place. Au chapitre des petits défauts, on regrette la finition intérieure un peu brute de démoulage, et l’aération se limite à un petit hublot rond devant le mât. N’empêche qu’on peut vivre à bord en famille pendant une semaine, bien à plat avec siestes à volonté dans les trampolines en mesh !
Le volume est compté, mais il y a bien quatre couchettes, une table à tout faire, un bloc cuisine et des rangements.
Conclusion
Rares sont les voiliers dont le programme est aussi large : franchement, à part vous embarquer pour un tour du monde – et encore ? –, ce Tricat 25 sait tout faire et bien : sorties rapides à la journée, régates, croisières… il brille par son aisance dans tous ces programmes. Et la possibilité d’être facilement transporté sur remorque – le bateau pèse moins de 800 kg et respecte le gabarit routier – permet de changer rapidement de plan d’eau. Que demander de plus ?
Les plus
Un seul bateau pour tout faire
Facilement repliable pour le transport et la place au port
Performances exceptionnelles
Les moins
Pont glissant devant le mât
Près de 9 m de longueur hors tout replié
Confort et finitions perfectibles
Fiche technique
Longueur de coque : 7,70 m
Longueur à la flottaison : 7,35 m
Largeur : 5,5/2,52 m
Tirant d’eau : 0,35/1,2 m
Poids : 780 kg
Surface de voile au près : 40 m2
Spi : 38 m2
Moteur : Hors-bord 4 à 8 CV
Certification CE : C5/D7
Architecte : Jack Michal
Constructeur : Tricat
Prix : 54 900 euros TTC
Principales options :
Version Croisière : 5 000 euros TTC
Kit accastillage de spi : 750 euros TTC
Spi asymétrique : 1 980 euros TTC
Gennaker sur emmagasineur : 2 400 euros TTC
Remorque freinée double essieu : 5 870 euros TTC
Moteur 6 CV arbre long 4 temps : 1 800 euros TTC
Option bras carbone : 4 800 euros TTC