C’est décidé, vous traversez ! Trois ans que votre beau multicoque sillonne votre zone côtière préférée. Certes, cela n’a été que du bonheur, mais n’est-il pas avant tout conçu, fabriqué, rêvé, acheté pour aller plus loin ? La petite plaque d’homologation vous le rappelle tous les jours : Catégorie de conception A – Transocéanique ! Alors maintenant que les enfants sont grands, que vous avez suffisamment de recul sur votre vie professionnelle pour pouvoir partir quelques semaines, il faut y aller. D’est en ouest pour passer l’hiver sous le doux climat antillais, ou d’ouest en est pour profiter des charmes du Vieux Continent au meilleur de l’été, le programme fait l’unanimité. Pour le top départ, à moins que vous ne soyez particulièrement masochiste ou totalement inconscient, respecter le rythme des saisons est impératif : à partir de novembre vers le Nouveau Monde, dès mi-mai pour rallier l’Europe. Dans ce cadre temporel, les divagations géographiques seront proportionnelles à votre temps libre. Si vous voguez vers l’est, le grand saut peut se faire raisonnablement depuis les Canaries, mais le Cap-Vert et le Sénégal attirent par leur singularité. D’autant que leur visite permet de se positionner plus sud, plus tard dans la saison, soit une probabilité accrue d’accrocher le fameux train des alizés. Le rêve de tout marin. Hisser le spi à la longitude du Cap-Vert et l’affaler au passage entre Sainte-Lucie et Martinique ! En sens opposé, le parcours est presque imposé. Les Açores représentent un carrefour incontournable qui verra les trafics se disperser entre aficionados méditerranéens et amoureux des côtes atlantiques. Mais voilà, plus l’échéance approche, plus les questions métaphysiques se bousculent dans votre tête. Est-ce que la famille va supporter la distance, la durée ? Est-ce que je ne ferais pas mieux de la réaliser en solitaire pendant que les moins passionnés que moi rejoindraient le bord en avion à destination ? Un ou deux copains bons marins ne seraient-ils pas les bienvenus à bord pour réduire la durée des quarts et apporter leur expérience, surtout en cas de coup dur ? Et si on se joignait à un rallye pour rassurer tout le monde ? Bref, vous ne savez plus ou vous en êtes, ni ce que vous devez faire. Il est temps de peser avantages et inconvénients de chaque formule.
La transat est souvent le rêve d'une vie : traverser l'Atlantique à la poursuite du soleil…
En famille
Si vous avez l’impression de ne pas avoir vu vos enfants grandir, de ne plus avoir échangé sur le fond avec votre conjoint(e) depuis trop d’années, une transat est une session de rattrapage express idéale ! Douze, quinze, vingt jours au rythme lent de la houle et du vent, sans rien d’autre à faire que partager ! Bien sûr, il y aura quelques moments de tension, mais ils seront vite oubliés au regard des moments de bonheur : un coucher de soleil, une discussion impromptue, un morceau de musique apprécié, une partie de cartes endiablée, un repas inattendu, un changement de quart complice… Pour les quarts, justement, il ne faudra pas hésiter à investir les enfants. Les plus jeunes pourront prendre le plus facile, un 09-11h, par exemple. Vous ne dormirez que d’un œil, bien sûr, mais cela les responsabilisera et vous permettra de vous reposer, même sans dormir profondément.
Les + :
Une expérience qui soude la famille
Un apprentissage magique pour les plus jeunes
La possibilité d’établir des quarts qui ménagent le sommeil de tous
Les - :
Relations saines au départ, sinon risque d’implosion !
Enfants en bas âge ou peu nombreux, les quarts vont revenir souvent et la fatigue avec
Le suivi scolaire des plus jeunes peut amener certaines tensions…

En solitaire :
Si pour Aristote il y a trois sortes d’hommes, il y a aussi objectivement deux sortes de solitaires. Les volontaires et les contraints. Les premiers rêvent depuis tout petit devant les comptes rendus de grandes courses à la voile en solitaire, et veulent, toute proportion gardée, vivre une fois dans leur vie ce moment magique... Dans cette même catégorie, on notera la présence tout à fait respectable des pragmatiques trouvant regrettable de transformer l’aventure de sa vie en… divorce ! Et puis, sur la route ouest-ost, les conditions météo sont moins favorables. C'est sur cette route que l’on trouve le plus grand nombre de "contraints". Votre catamaran, qui fait habituellement le plein d’amis plus ou moins lointains, se retrouve soudain bien vide ! Heureusement, vous connaissez votre bateau sur le bout des doigts. Il est parfaitement fiable et équipé. Pilote automatique infaillible, AIS, radar, téléphone Iridium, routage depuis la terre, balise de positionnement du bateau et balise détresse individuelle sont autant d’outils rassurants pour vous comme pour vos proches. Un peu plus de préparation en amont, d’anticipation sur le parcours, et c’est un bonheur à l’arrivée !
Les + :
Vivre à son niveau les sensations des grands marins solitaires qui nous font tant rêver
Pas d’équipage à gérer et paix dans la famille
La simplicité du concept
Les - :
Une veille sérieuse induit un sommeil fractionné et donc une fatigue plus importante
Une aventure aussi excitante que de traverser l’océan ne mérite-t-elle pas d’être partagée ?
Une préparation et un équipement plus importants à prévoir

Entre copains
Vous ne vous sentez pas vraiment les épaules pour tenter l’aventure ultime en solo ? Votre petite famille se plaint que les quarts reviennent trop souvent ? Pas de panique. Quand on a un beau multicoque comme le vôtre, il y a forcément plein de volontaires pour mettre le cap sur une destination de rêve. Le réservoir de candidats potentiels est vaste : copains de bateau, copains de travail, copains d’enfance, copains de vos ados, vos frères et sœurs, vos parents… L’erreur à éviter : embarquer une personne que vous connaissez peu, ou pire, pas du tout, ou avec laquelle vous n’êtes pas en parfaite harmonie. On ne compte pas le nombre d’équipiers recrutés sur le ponton ou par l’intermédiaire d’une bourse des équipiers et qui ont fini enfermés dans leur cabine, parfois après moins de 48 heures de mer. Le huis-clos d’un bateau est un révélateur infaillible de tensions.
Les + :
Faire partager au plus grand nombre et à des êtres chers le bonheur d’une transat
Un équipage plus nombreux, ce sont des quarts plus courts et des corvées moins fréquentes
Les - :
Plus l’équipage vient d’horizons variés, plus la cohésion est difficile à garder
Eviter profiteurs, incompétents et insouciants n’est pas forcément facile au premier abord

En rallye
Voilà un modèle qui sans faire de bruit connaît une croissance exponentielle ces dernières années. Pour preuve, le plus célèbre d’entre eux, L’Atlantic Rallye for Cruisers (ARC), compte pas moins de 250 participants. Il faut dire que leur organisation très professionnelle et le fait de naviguer en flotte sont de nature à rassurer les plus anxieux. Mieux, le nombre de participants grandissant, les étapes de ralliement partent de différents bassins, les parcours comportent des options, et les ports d’arrivée se multiplient. Comme en plus il y a plusieurs organisateurs, le choix est vraiment vaste ! Un environnement très rassurant donc, dont le seul paradoxe est d’avoir une date de départ fixe, ce qui peut vous exposer à une météo pas toujours favorable.
Les + :
Présence rassurante de nombreux concurrents
Organisation, encadrement et assistance professionnels
Se prendre au jeu de la performance comparée avec les autres concurrents
Les - :
Les coûts d’inscription peuvent être élevés et la course à l’armement onéreuse
Arriver à 250 bateaux dans une baie transforme le lieu
On ne choisit pas sa date de départ, et donc pas sa météo
