Nécessité marketing et réel intérêt technique, force est de reconnaître que le vêtement de mer a considérablement évolué ces vingt dernières années. Le simple ensemble pantalon-veste de ciré a désormais laissé la place à trois couches distinctes, formant chacune un cocon protecteur indépendant mais aux fonctions bien définies :
1- Confort : constituée des sous-vêtements, dont la fonction première est de conserver la chaleur corporelle et d’évacuer la transpiration
2- Isolation : elle comprendra des vêtements d’isolation thermique type polaire
3- Protection : sa fonction première est l’étanchéité, tant à l’eau qu’au vent
Pour cette dernière, et au risque de vous décevoir, en matière de textile pur, il n’y a rien eu de réellement nouveau depuis 10 ans, si ce n’est plus ! Songez plutôt, la fameuse fibre Goretex à base de téflon mise au point par la société Gore & Associates date de 1969 ! Souples, respirants, résistants, les vêtements qui en bénéficient ont définitivement remisé au placard les tissus enduits. Certes meilleur marché, ces derniers ne satisferont pas longtemps les navigateurs passionnés et acharnés que nous sommes. Le brevet, tombé aujourd’hui dans le domaine public, est utilisé par pratiquement tous les fabricants de vêtements marins. La différence se fait donc sur l’expérience cumulée, la qualité des jonctions et le confort des "accessoires" : capuche, col, poignets… Une seule solution pour choisir : essayer. Se sentir protégé, confortable, à l’aise dans ses mouvements, sa vision. Et ce, que vous soyez adepte de la traditionnel veste, ou inconditionnel de la traditionnelle vareuse, opportunément rebaptisée "Smok", plus étanche, plus sportive dans sa coupe mais aussi à mettre et à enlever !
Alors, quelle est la dernière tendance ? me direz-vous… Eh bien, c’est un retour aux sources de plus de 1000 ans avec grand come-back de la laine mérinos pour la première couche. Il ne faudra pas hésiter à sortir des magasins dédiés au nautisme, et se rapprocher de ceux de randonnée pour trouver les produits les plus pointus sur ce sujet. Outre la chaleur que procure cette fibre naturelle produite par les moutons néo-zélandais, elle possède un avantage qu’on a longtemps pris pour un inconvénient, elle possède un formidable taux d’absorption de l’humidité. Cela permet de limiter considérablement les odeurs corporelles ! Les plus récents tissus polyamide/polyester, nous protégeant efficacement des UV et qui sèchent si bien, ont, eux, un coefficient d’absorption proche de zéro.
Sans doute la moins technique de nos trois peaux, la couche intermédiaire a pourtant un rôle crucial, celui de maintenir notre corps au chaud. Le froid étant l’un des trois facteurs principaux du mal de mer avec la faim et la fatigue (vous ne connaissiez pas la règle des trois F ?). Le matériau idéal : sans aucun doute une polaire, éventuellement doublée Goretex pour les latitudes extrêmes, assurera à votre corps une température élevée. Si la plupart du temps on se contentera d’un haut, en cas de grand froid, un pantalon – voire une salopette – polaire représente un must. Offrant un confort maximal, cette dernière reste moins pratique dans certaines circonstances privées. A moins d’être équipée d’une grande fermeture éclair semi-circulaire dans le bas du dos.
En mer, être bien protégé est plus que du confort, c'est une question de sécurité prioritaire…
Le mode d’emploi
Par une douce nuit alizéenne sans embruns ni grains, nous enfilons la première couche comme un pyjama, et pas le moindre frisson ne viendra troubler notre quart. Le vent fraîchit, la température descend ? Vite, enfilez votre ensemble intégral polaire. Et au moindre embrun, à la moindre menace de goutte d’eau ou simplement retombée d’humidité, on enfile salopette et veste légères. Vous naviguez plus au large ? Plus nord ? Plus sud ? Plus fort ? On ne retourne pas sa veste, mais on la change pour un modèle plus lourd. Pas moins ample, pour garder une bonne liberté de mouvement, mais plus épaisse, car offrant plus de couches de protection pour une véritable étanchéité aux paquets de mer comme aux rafales de vent.
Ça y est, le grand départ est pour dans quelques semaines. Au fil des années, votre équipement semble s’être constitué de bric et de broc. Et si tout votre budget n’est pas passé dans un nouveau gennaker, ou le dernier traceur tactile grand format, alors on s’équipe au grand complet.
Lorsque les conditions deviennent extrêmes, le choix de la bonne protection est alors essentiel !
Pour une navigation intertropicale classique, nous emmenons :
- Première couche : T-shirt manches longues polyamide/elastane pour l’aisance des mouvements (de 48 à 75 euros) et pantalon assorti (de 42 à 75 euros)
- Deuxième couche : Veste polaire ou Softshell (de 25 à 85 euros)
- Troisième couche : Salopette (de 140 à 400 euros) et veste ou vareuse légère (de 200 à 300 euros)

Si le programme s’étend vers des latitudes plus septentrionales :
- Première couche en laine mérinos Icebreaker (65 euros le pantalon, 70 euros le T-Shirt manches longues)
- Deuxième couche : on ajoute une salopette en polaire (100 euros)
- Troisième couche : veste offshore, par exemple la HPX de chez Musto (900 euros !)

Les grandes marques les plus connues ont un coût : mais quel est-il en comparaison du confort (et donc de la sécurité) de l'équipage en navigation hauturière ? Dans tous les cas, pour une utilisation intensive, on visera le haut de gamme, et là, mieux vaut réfléchir en termes d’investissement plus que de dépense. Au côté de Musto cité plus haut, on trouvera les trendy Slam ou Helly Hansen, le mythe français Guy Cotten, le britannique Gill, le "jeune" Marinepool, qui ont tous une gamme complète et cohérente. Sur le marché européen, ces leaders doivent maintenant faire face à la concurrence féroce de la marque Tribord, du géant de la distribution Décathlon. Fort de sa force d'achat, de son réseau de magasins pléthorique, et de son centre de recherche dédié d’Hendaye, le leader de la grande distribution sportive ne lésine pas sur les moyens pour inonder le marché avec des produits au rapport qualité/prix de plus en plus pertinent.
Mais pour être le plus smart possible, rien de mieux que le polo Multicoques Mag…
Les évolutions attendues ?
Elles seront sans doute plus orientées vers la voile légère et la protection contre les risques de traumatismes liés aux grandes vitesses. Car, pour nos croisières souvent tranquilles, la course au large en conditions extrêmes (VOR, Vendée Globe, Jules Verne…) a poussé les standards à un niveau très élevé de protection face aux éléments. Sans doute même trop élevé par rapport aux conditions que nous rencontrons dans nos croisières, même au long cours, toujours menées en bon père de famille. Alors, si le budget des vestes les plus techniques vous effraie, pas de panique. Il existe des vêtements très bien à des prix abordables. Le but est avant tout d'être bien protégé, et de rester au sec et au chaud ! Ah, un dernier détail. Une fois habillé de pied en cape, n’oubliez pas les indispensables gants, ni les bottes...