Encore une belle journée sous les tropiques… L’alizé souffle, le soleil s’écarte de l’horizon et la mer semble s’être calmée depuis la veille – c’est le parfait tempo pour relever le mouillage et filer découvrir une autre île paradisiaque, quelques dizaines de milles encore au sud. Le taud de grand-voile s’ouvre et, quelques minutes plus tard, le vent gonfle les voiles. Lorsque l’astre solaire décuple ses ardeurs, le bimini se déplie pour offrir une ombre protectrice au barreur, tandis que les afficionados du bronzage s’étendent au contraire sur les bains de soleil : tous attendent l’heure de l’apéritif pour se retrouver réunis sur les confortables coussins du cockpit, assortis aux aménagements du carré. Pratique, utile, esthétique, confortable, partout le tissu investit nos multicoques, mais dans cet univers maritime souvent agressif, entre rayons UV, humidité, frottements, il est important de faire le bon choix en matière de qualité selon l’usage.

Les multicoques modernes et leurs vastes et nombreuses zones de farniente proposent de plus en plus de sellerie.
Dickson et Sunbrella, deux marques connues dans le monde entier !
Chez Sunbrella, plusieurs gammes sont là pour répondre à chaque problématique. Cette offre repose sur un savoir-faire acquis depuis… 1836. Cette année-là, l’Ecossais David Dickson installe à Dunkerque (France) son premier métier à tisser le lin, développe très vite des tissus destinés à la réalisation de voiles, et invente un procédé de traitement pour rendre ses toiles imputrescibles à l’eau de mer. Dès l’origine, l’univers marin fait donc partie de l’ADN de l’entreprise. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, des fibres synthétiques apparaissent dans les tissus afin d’augmenter leur résistance. Le développement passe ensuite par la fusion avec la compagnie de tissage Constant avant que le spécialiste intègre le groupe américain Glen Raven, N°1 mondial des tissus techniques d’extérieur et propriétaire de la marque Sunbrella, née il y a 50 ans aux Etats-Unis. Aujourd’hui, le groupe emploie 3 500 collaborateurs dans le monde, possède 8 sites de production, aux Etats-Unis, en Chine, mais aussi en France, à côté de Lille, et marque sa présence dans 110 pays au travers de 17 filiales.

Les banquettes, les coussins et autres bains de soleil du Nautitech 46 sont réalisés par Sunbrella.
Le tissage : un métier ancestral
La visite de l’usine de Wasquehal, dans le département du Nord, donne l’occasion de découvrir un métier qui puise ses racines dans les premiers temps de l’humanité, mais n’a pas cessé de se renouveler et de se moderniser depuis. L’ensemble des bâtiments, où travaillent environ 350 personnes, représente 45 000 m2, auxquels il faut ajouter 11 000 m2 de stockage de produits finis situés à Fretin, à une dizaine de kilomètres. Si le tissage appartient au patrimoine industriel de nombreuses régions françaises, il devient de plus en plus difficile de trouver du personnel qualifié par manque d’école ou d’institut spécialisé : c’est donc en interne que la plupart des nouveaux apprentis vont suivre leur formation. Et à voir travailler les femmes et les hommes, dès la première étape de fabrication, on imagine que cela puisse prendre du temps. L’ourdissage, tel est le nom de cette opération complexe, consiste à aligner côte à côte jusqu’à 4 500 fils, à raison de 30 fils par centimètre, pour obtenir la chaîne montée sur des ensouples – sortes de grosses bobines –, destinés ensuite au tissage proprement dit. Cette tâche demande doigté, précision et concentration. Pour donner un ordre d’idée, ce sont pas moins de 250 000 bobines qui sont utilisées chaque mois, une bobine représentant 30,6 km de fil, pour 25 millions de m2 de tissus réalisés par an. Impressionnant.
Le fabricant réalise également la sellerie intérieure.
La chasse aux pluches
L’étape suivante est donc celle du tissage proprement dit. Tout le monde a l’image du métier à tisser à l’ancienne avec ces petits chariots qui traversent dans un sens puis dans l’autre la trame obtenue lors de l’ourdissage : ce principe, immuable depuis des siècles, s’est modernisé d’abord avec les lance-navettes mécaniques, puis avec les systèmes à jet d’air. Sur les machines de dernière génération, il devient difficile de suivre des yeux ces mouvements ultra-rapides. Cette technique permet de réaliser des tissus à motifs simples, comme les rayures. Pour les dessins plus travaillés, ce que l’on appelle le jacquard, tous les fils de l’ourdissage ne bougent pas au même rythme que leurs voisins, ce qui complique encore cette mécanique bien huilée, et l’informatique a apporté un nouveau souffle à cette opération. Dans cet atelier, où la température et l’hygrométrie sont contrôlées en permanence, une sorte de brume semble flotter autour des machines. Il s’agit des fibrilles, de petites pluches venues des bobines et qui volettent dans l’air : pour éviter les risques sanitaires, un incroyable ballet d’aspirateurs automatisés parcourt sans repos les allées entre les métiers à tisser pour avaler ce léger nuage.
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Une matière synthétique résistante
Ces éléments en suspension laissent à penser que le matériau utilisé est naturel : cela ressemble à du coton, voire de la laine, léger, aérien. Il n’en est rien. Pour répondre aux contraintes d’un milieu exigeant, hostile, avec les rayons UV, la pluie, les embruns, les frottements…, il faut faire appel à une matière synthétique résistante, l’acrylique « teint masse ». Pour expliquer la longévité de leurs produits, les responsables de Sunbrella ont une image simple, évidente. Une fibre naturelle « teint fil » ressemble à un radis : si vous le tranchez, la surface est colorée, mais le cœur est blanc. Par contre, la fibre acrylique se rapproche de la carotte : une fois coupée, elle présente un aspect orange uniforme de sa surface jusqu’à son centre. Voilà pourquoi vous pouvez frotter l’acrylique teint masse, le tremper dans de l’eau de mer ou l’exposer au soleil, il conserve indemne sa couleur. Avantage supplémentaire, en ces temps où la préservation de l’environnement devient une exigence des consommateurs, le bilan carbone de la fibre acrylique se révèle moindre que celui d’une fibre naturelle comme le coton, si l’on prend en considération la quantité d’eau nécessaire à sa culture, l’impact des teintures utilisées, le coût de son transport pour aller des zones de production aux sites de transformation puis d’utilisation. Enfin, chez Sunbrella a été mis en place une politique de fabrication 0 déchet, avec récupération et retraitement des éléments rejetés.

Pour répondre aux contraintes d’un milieu exigeant et hostile – rayons UV, pluie, embruns et frottements –, Sunbrella fait appel à une matière synthétique résistante, l’acrylique « teint masse ».
Une production certifiée
Une fois l’étape du tissage terminée, les bobines de tissu passent dans l’atelier de traitement de surface, et, même si cette opération est moins visible, cela reste un moment spectaculaire. Imaginez une immense machine tout en longueur dans laquelle le tissu doit circuler sans jamais s’arrêter, car, après être passé dans un bain de lavage, puis dans un bain de traitement, il doit subir des rayons infrarouges qui polymérisent le produit appliqué : si le processus stoppe, cette lumière va brûler la toile et rendre une bonne partie de la production inutilisable. Le tissu emprunte donc un circuit complexe qui permet de l’emmagasiner en certains endroits pour assurer une continuité permanente. Cela évoque un long serpent qui chercherait sa voie dans les rouages de la machine, se lovant dans les moindres recoins pour mieux en jaillir ensuite. Tout au long de ces opérations successives, différents contrôles sont effectués pour garantir la qualité finale du produit. Certaines de ces vérifications se font à l’œil nu, et il faut apprécier l’acuité du regard de ces femmes et hommes qui scrutent les bandes de tissus défilant à grande vitesse et ne laissent rien passer, un fil coupé, un nœud ou tout autre défaut. Les métiers à tisser dernière génération possèdent des lecteurs optiques pour effectuer cette tâche essentielle, mais répétitive et fatigante pour les yeux. Un laboratoire permet aussi de réaliser toute une série de tests en bout de chaîne de production. Sont ici vérifiés le poids du tissu, son étanchéité à l’eau, à l’huile, la résistance à l’abrasion, à l’allongement, à la déchirure : une douzaine d’épreuves permettent de valider le respect des normes établies par Sunbrella et de certifier une production.
L’ourdissage consiste à aligner côte à côte jusqu’à 4 500 fils.
Différentes gammes pour autant d’usages
Si les tissus Sunbrella répondent donc à un haut degré d’exigence sur le plan qualitatif, la notion d’esthétisme occupe aussi une part importante dans la conception des produits de la marque. Car aujourd’hui, les plaisanciers ne se contentent plus des couleurs basiques du yachting, le bleu marine, le blanc crème ou le bordeaux. Il faut leur proposer de nombreux coloris en uni, rayé, à motif… C’est là qu’intervient le pôle innovation, qui réunit les chefs de marché, les responsables marketing, les designers et les ingénieurs en recherche et développement. Ensemble, ils vont s’inspirer des futures tendances de la mode, de l’automobile, et proposer, tous les quatre ans, de nouvelles collections. Chantiers et armateurs ont alors à disposition un vaste choix pour habiller les bateaux à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur. Pour chaque destination, Sunbrella possède une ligne de produits avec des spécificités bien marquées. Si la ligne Sunbrella se destine davantage aux tauds, la Sunbrella +, avec traitement anti-moisissure et très imperméable, est parfaite pour les capotes et les tauds d’hivernage. Les gammes Source et Heritage sont respectueuses de l’environnement, avec davantage de fils réutilisés et de fibres recyclées. Pour les bandes anti-UV des génois, il faut s’arrêter sur la famille Furling, et pour une protection 100 % imperméable, la mention Optimum signifie qu’une couche PVC est appliquée au verso. Avec la ligne Horizon, on trouve un ensemble de propositions en cuir synthétique, souvent utilisé sur les petites unités, alors que la famille Terry avec son tissu éponge convient pour la confection de housses de coussins ou de pare-battages. Et cette liste est non exhaustive.

La sellerie du Lagoon SIXTY 7 a fait l’objet d’un partenariat très complet entre Lagoon et Sunbrella.
Pour les grandes marques et les particuliers
Cette variété presque infinie séduit bien sûr de nombreux chantiers, qui proposent, en série, en semi-custom ou à la demande des propriétaires, des ambiances différentes sur leurs nouveaux modèles. Parmi les grands noms dans l’univers du multicoque qui collaborent depuis des années avec Sunbrella, on peut citer le cabinet Racoupeau, Nautitech avec son nouveau 46 Open, ou Lagoon, qui a développé un réel partenariat pour le lancement des SIXTY 5 et SIXTY 7. Mais Sunbrella souhaite aussi conserver une certaine complicité avec l’utilisateur final, plaisancier occasionnel ou marin averti. Pour cela, sur le site Internet du fabricant, tout un chacun peut trouver des conseils de nettoyage, par tissu ou – et c’est encore mieux – par type de tâches, certaines faisant l’objet de tutos en vidéo. Sunbrella, malgré sa puissante notoriété, ne néglige pas le marché des particuliers qui souhaitent rajeunir leur sellerie, voire s’offrir une séduisante garde-robe coordonnée intérieur et extérieur. Laissez-vous tenter, vous aurez l’impression que votre multicoque est tout neuf !

