Conditions : vent d’ouest 12 à 18 nœuds, petit clapot
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Pouvoir embarquer une aile de traction pour rester manœuvrant débouche donc sur la création du LibertyKite® il y a une dizaine d’année via la société Beyond The Sea, entreprise spécialisée dans le tractage des navires de grand tonnage dédiés au commerce et à la pêche.
Depuis, les plus grands noms de la voile comme Charles Caudrelier – récent vainqueur de l’Arkea Ultim Challenge –, Armel Le Cléac’h, Tom Laperche, Alex Thomson et de nombreux autres marins embarquent un LibertyKite® lors de leur expéditions maritimes. Cela va sans dire qu’avec de tels skippers le produit est validé en amont, mais cette aile méritait tout de même un essai dans des conditions d’utilisation de plaisance.
Car l’aile auto-stable, c’est-à-dire ne nécessitant pas de réglages permanent pour la maintenir dans sa fenêtre de vol, est utilisable pour naviguer sur n’importe quel plan d’eau et sur toute embarcation pourvu qu’elle dispose de deux points de tire et d’un espace suffisant pour son décollage.
Le catamaran hybride Pinball Boat se prêtant à ces conditions, les deux équipes se retrouvent quai Goslar à Arcachon pour ce « vol d’essai ». Les conditions offrent un vent de 12 nœuds bien établi et un plan d’eau clapoteux mais dégagé. Le vol est accessible dès 10 nœuds de vent apparent, d’où une attention particulière à porter à la dérive et à l’état de la mer.
Sur la plage avant de 6 m² du Pinball sont disposés les sacs contenant les trois ailes mises à disposition. L’encombrement est minimal. Une poulie, deux écoutes et deux taquets : voilà tout ce dont le LibertyKite® de 20 m2 qui volera aujourd’hui a besoin. Précisons que ce sont les sociétés françaises Cousin Trestec® et Porcher Industries® qui collaborent respectivement dans l’élaboration des tissus et des cordages.
La préparation est simplissime
Le powercat de 9 mètres de long par 2,97 mètres de large se déhale en silence du ponton grâce aux hélices situées dans les tuyères bâbord et tribord – bien vu pour la sécurité des baigneurs – alimentées par une batterie lithium de 23 kWh située à la proue. Les manettes de gaz permettent de placer silencieusement le catamaran au vent du Cercle de Voile d’Arcachon – un amer remarquable avec son toit vert. La préparation est simplissime. Grâce au T-top en inox du Pinball, le point de tire arrière sera barberisé grâce à une poulie fixée sur l’arceau. L’écoute est frappée sur le taquet arrière, puis passe donc dans la poulie pour venir se fixer par un nœud d’écoute à l’aile. A l’avant, l’écoute est frappée assez courte sur le taquet d’étrave et reliée à l’aile avec un écart d’environ un mètre entre les deux points, contre 3 ou 4 à l’arrière.
L’envoi constitue la première phase de vol. On accompagne le gonflement de l’aile via un caisson situé le long du bord d’attaque et représentant environ un tiers de la surface totale, sans oublier au préalable de fermer les poches d’entrée d’air. Le gonflement se poursuit de l’oreille avant à l’oreille arrière en une dizaine de secondes. Une fois le LibertyKite® en vol et stabilisé, les lignes sont choquées progressivement pour gagner en altitude et se positionner à un angle de 45° par rapport au plan d’eau. L’aile se met alors à décrire des S réguliers. C’est souple, sans à-coups et quel silence !
Il est temps de passer à la deuxième phase : celle des réglages. Gardons en tête que des points de tire reculés feront lofer, et inversement, s’ils sont trop avancés, ils provoqueront une abattée. L’entreprise souligne l’importance de bien conserver les lignes parallèles, avec des points de traction perpendiculaires au vent apparent. L’usage, même pour un non initié, est relativement simple. Beaucoup plus en tout cas qu’avec une aile de kite classique, même si le vol n’est pas similaire à la pratique classique de la voile.
Nous sommes à peine perturbés par la propulsion électrique du Pinball ; le powercat, avec son faible tirant d’eau de 50 centimètres et son embase Z Drive, ne dispose pas d’un plan antidérive suffisant pour corriger le cap à la barre, et de fait maintenir le catamaran dans une position correcte vis-à-vis du vent apparent. Il est donc nécessaire de procéder à de petites corrections « électriques ». Mais certains powercats équipés de quillons et de safrans assez grands peuvent s’en passer !
Un argument inattendu plaide également pour le LibertyKite® : que ce soit lors de sa mise en place ou de son vol, l’aile colorée produit le même effet que les cerfs-volants dans le cœur des enfants. L’émerveillement que procure une aile évoluant au gré du vent reste intemporel. Les jeunes marins croisés lors de leur cours de voile sur des petits catamarans légers n’ont d’ailleurs pas dissimulé leur joie de partager le plan d’eau avec un powercat tracté par une grande aile. Depuis le bord du Pinball, nous les entendions s’exclamer : « Cerf-volant ! Cerf-volant ! » La slow navigation a du bon ! Un constat que partage Pascal Duclos, PDG de Pinball : « Le LibertyKite® nous permet d’économiser les batteries et je garde juste le contrôle avec les moteurs électriques, donc c’est un peu le meilleur des mondes et l’image est belle ! »
Il est difficile avec une marée descendante de donner des relevés de vitesse précis, d’autant que nous tirons des bords assez courts. Mais la fourchette se situe entre 2 et 3 nœuds sur la route fond suivant l’angle suivi avec un vent moyen qui atteint maintenant 14 nœuds. Pour rappel, le Pinball pèse plus de 4 tonnes prêt à naviguer et 6 adultes sont présents à bord.
Une sécurité d’utilisation indiscutable
La troisième et dernière étape du vol consiste à récupérer le LibertyKite®. Un peu à la manière d’un spi classique, il suffit de larguer une des deux lignes et de récupérer l’autre. Avec un peu de nerf au brassage, l’aile est rentrée sans toucher l’eau… Elle est désormais prête après pliage à être relancée. Les manœuvres d’envoi, de réglage et de récupération sont effectuées sous différentes amures trois fois durant la navigation, avec toujours la même précision, simplicité et efficacité – ce n’est pas pour rien que le LibertyKite® a été embarqué comme voile de secours à bord de tant de navires de course… Mais il n’est pas nécessaire d’être un grand voileux pour jouer à se faire tracter, pour donner une autre saveur à une journée qui se déroulerait au moteur en faisant participer l’équipage à redécouvrir une chose vieille comme Hérode : se servir du vent pour avancer. Qui plus est avec une sécurité d’utilisation indiscutable, importante lorsqu’il y a des enfants à bord.
Mais l’aspect fondamental de cette aile de traction est bien la décarbonation. Alternative crédible face à des navigations 100 % thermiques, l’aile de kite pourrait bien s’imposer à bord des petites unités comme des grands cargos. Pour cela, Beyond the Sea propose des ailes pouvant aller jusqu’à 120 et bientôt 240 m2, et poursuit à la fois l’optimisation de son SeaKite automatisé et le développement de produits intermédiaires.

Yves Parlier : « Nous sommes face à un défi environnemental colossal »
Yves Parlier, joint quelques heures avant son appareillage pour une transpacifique au départ du Japon pour relier le Canada, a accepté de nous livrer quelques mots : « Nous sommes face à un défi environnemental colossal. Il faut absolument que l’on s’affranchisse rapidement des énergies fossiles qui polluent et émettent des gaz à effet de serre en provoquant une acidification des océans. Pour ça, il nous faut utiliser les énergies renouvelables. Ma carrière et ma passion m’ont amené à m’intéresser toute ma vie à la propulsion par le vent sur des bateaux de course, et en 2007, j’ai décidé de me consacrer à la propulsion des bateaux à moteur pour réapprendre aux marins à se servir du vent pour diminuer leur consommation d’énergies fossiles, mais aussi réduire la puissance des bateaux. Le vent est l’un des moyens avec lesquels on peut y arriver. Cela fait 50 000 ans que l’on utilise le vent pour se déplacer. L’ère du pétrole a éradiqué les voiliers depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et aujourd’hui, cela repart. Il y a de nouveau des cargos voiliers, et avec le kite, nous allons plutôt aider les bateaux existants à utiliser le vent, car ces navires n’ont pas été prévus pour être équipés d’un mât et d’une voile. Nos ailes sont adaptées à la traction de ce type de bateau. On a vu le Libertykite® totalement manuel, et là, on a développé pour la décarbonation le Seakite, qui est un système entièrement automatisé beaucoup plus performant. Cette voile intelligente permet de se rendre plus vite quelque part tout en réduisant l’angle de la manette des gaz. Le Seakite est en effet conçu pour être envoyé moteurs allumés, et baisser la consommation générale tout en conservant une vitesse moyenne correcte. »
Tarifs ailes en € HT
LibertyKite 20 m² : 2 330,00
LibertyKite 40 m² : 7 950,00
LibertyKite 80 m² : 14 150,00
Tarifs accessoires en € HT
Anneau de friction : 33,50
Poulie ouvrante à billes : 45,85
Taquet de pont inox : 20,85
Poignée de confort : 67,00
Winch Karver : 1 572,00
Descriptif technique du Pinball Boat E-Hybrid
Concepteur : Stéphane Chaurial
Longueur hors-tout : 9,00 m
Longueur de coque : 8,33 m
Largeur : 2,97 m
Tirant d’eau : 0,69 m
Tirant d’air : 3,25 m
Déplacement à vide : 3 800 kg
Nombre de personnes : 15
Cabines : 1
Couchages : 2
Carburant : 400 l
Eau : 135 l
Puissance max diesel : 350 CV
Puissance max électrique : 2 x 8 / 12 kW
Capacité batteries : 23 kWh – 48 V
Catégorie d’homologation : C
Prix : 237 000 € HT
