Riley Whitelum et Elayna Carausu, stars de YouTube avec leurs deux enfants Lenny et Darwin, vont donc délaisser leur Outremer pour poursuivre leurs aventures à bord d’un Rapido 60. Avec 1,76 million d’abonnés sur leur chaîne, c’est peu dire que d’évoquer un énorme coup de pub de la famille de navigateurs pour le constructeur, jusqu’alors plutôt défaillant sur le plan de la communication… C’est aussi l’occasion de (re)découvrir le spécialiste d’un créneau très spécifique, celui des grands trimarans repliables ou démontables. L’équipe de Rapido Trimarans constituée par Paul Koch et Richard Eyre, fondateurs du chantier, possède une expérience de plusieurs dizaines d’années dans la construction de différents types de multicoques, sous-traitance comprise. Leur volonté propre est de produire des modèles légers et modulables – flotteurs repliables et construction en carbone – un objectif qui contribue à la création d’un concept abouti. Sans oublier, bien sûr, les performances et la stabilité propres à un trimaran réussi. « Toute la conception des trimarans Rapido repose sur notre conviction qu’il existait une demande pour des trimarans de croisière plus grands, plus spacieux et performants que ce que l’on peut trouver sur le marché », explique Paul. De fait, la production actuelle de trimarans repliables bute à 40 pieds avec le Corsair 37 et le Dragonfly 40.
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Le site de Triac Composites à Hô Chi Minh-Ville est équipé d’un impressionnant robot de fraisage Kuka.
Le patron de Rapido, Paul Koch, est un Australien de grande taille : il démontre ici la confortable hauteur sous barrot de son nouveau Rapido 40.
La rivière Soai Rap est la route maritime commerciale d’Hô Chi Minh-Ville.
Rapido… comme son nom l’indique
Au fil des ans, j’ai pu assister au développement régulier de l’un des rares modèles de trimarans de course-croisière existant sur le marché. Je me rappelle avoir couru en 2016 contre le Rapido 60 coque #01 lors de la King’s Cup en Thaïlande, et j’avais été vraiment bluffé. Au cours de cette régate, le R60 dépassa toute la flotte des TP52, marchant à une vitesse de 16 noeuds à un rythme soutenu. Les quatre équipiers se prélassaient sur les trampolines, alors que les 16 équipiers des TP52 étaient au rappel sur le liston ! Lors d’une autre régate, un monocoque IRC 1 essaya en vain de lofer le R60. Les capacités de ce trimaran au louvoyage n’ont donc rien à envier à celles des monocoques de course.
Lorsque l’on parle de conception de ces multicoques, les noms de Morrelli et Melvin reviennent souvent dans la conversation. Les architectes se sont servis des toutes dernières technologies pour mettre au point les trois modèles Rapido – mécanique des fluides numérique, analyse par éléments finis et logiciel de simulation de performances. « L’innovation concerne le plan de la coque centrale avec l’équilibre atteint entre le bau, le tirant d’eau et l’assiette pour accueillir les aménagements sans pour autan compromettre les performances », explique Pete Melvin.
Les youtubeurs Riley Whitelum et Elayna Carausu lors de leurs essais d’un Rapido 60.
Repliables et démontables
Les Rapido apportent une réponse au principal inconvénient des trimarans – les places de port – en adoptant des flotteurs repliables sur les 40 et 50 pieds. Cas à part, le Rapido 60 est doté d’une innovation unique en son genre permettant de démonter facilement les bras pour le transport. Le concept de bras repliables avait déjà fait ses preuves sur les versions précédentes des trimarans conçus par Koch en utilisant le système de pliage créé par Farrier. Koch était le propriétaire de Corsair Marine, entreprise avec laquelle il produisit 1 500 trimarans, entre 1994 et 2010. Une version améliorée des flotteurs repliables en carbone a été développée pour Rapido. Mieux encore, ce mécanisme de pliage breveté maintient les flotteurs en position verticale, permettant de garder les coques hors d’atteinte des dépôts d’algues indésirables.
Triac Composites, le chantier ultra-moderne de Rapido, construit désormais les trois modèles et leurs équipements dans son usine high-tech de Hô Chi Minh-Ville. Sur les rives de la rivière Saïgon, on découvre une ville débordante de vie que j’aime beaucoup visiter, car elle héberge plusieurs chantiers de multicoques très dynamiques comme Seawind et Corsair. Le chantier Triac dispose d’une liste impressionnante d’équipements, comprenant un robot de fraisage Kuka à sept axes, un autoclave, une machine à commande numérique (CNC), une machine numérique de découpe ultra-rapide de tissu de carbone et une cabine de peinture dédiée. Le constructeur est également équipé pour faire de l’injection et de l’infusion de résine sous vide. Le Rapido 60 a été lancé en 2016, le premier R50 a été livré en Espagne en juin 2021, tandis que le R40 a été mis à l’eau début 2022.
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Essais en mer des flotteurs repliables du Rapido 50 au Vietnam (avec un mât de démonstration en place).
Mise à l’eau de la coque n°1 du R50 en Espagne en juin 2021.
Coques rigides et légères
Rapido utilise des stratifiés d’infusion carbone avec liaisons en vinylester sur un noyau à cellules fermées en PVC pour les zones à haute résistance, et un tissu hybride fibre de verre/ époxy et carbone pour le reste du multicoque. Le vinylester est utilisé dans les stratifiés de coque et de pont pour assurer une bonne adhérence, et parce qu’il est plus compatible avec la finition gelcoat que les stratifiés époxy qui sont utilisés dans les éléments structurels du bateau. La construction est conforme aux normes ISO/CE et à la certification CE catégorie A. « Nous utilisons du carbone préimprégné pour les pièces à haute résistance tels que les bras (qui sont traités dans l’autoclave), les cadènes et les cloisons », explique Koch. Les spécifications principales de la coque incluent des cloisons étanches et l’utilisation intensive de la fibre de carbone. Les ingénieurs expérimentés de Triac Composites et leur maîtrise d’une technologie sophistiquée garantissent une interprétation rigoureuse des plans de Morrelli et Melvin, à laquelle s’ajoute la confiance établie depuis 30 ans entre le constructeur Paul Koch et les architectes des trimarans.
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Premiers essais en mer de Flint à Palma de Majorque lors de l’été 2021.
Sur le R50, les panneaux vitrés du carré donnant sur l’avant sont bien pratiques.
Rapido 40
La nouveauté 2022 !
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Le Rapido 40 est conçu et construit en carbone pour être un voilier performant, donc un multicoque idéal pour les croisières en double ou les régates. Il est doté de deux cabines doubles comme ses deux grands frères, mais avec un carré très différent. Comme l’explique l’architecte Erik Berzins, du cabinet d’architectes Morrelli et Melvin, l’absence du grand puits de dérive centrale fait toute la différence : « La suppression du puits de dérive, qui tient également le rôle d’épontille de mât dans la coque des 50 et 60 pieds, nous a permis de déplacer le mât au niveau de la cloison principale, ce qui a été un élément majeur pour optimiser l’espace de vie dans la coque centrale de ce trimaran performant plus petit. Les bras des flotteurs supportent un peu plus de poids et sont un peu plus complexes qu’avec une dérive centrale, mais ceci permet de bénéficier du meilleur des deux mondes : les performances d’un voilier de course-croisière avec un confort intérieur et un espace de vie appréciables. »
L’utilisation de foils sur les flotteurs et d’un safran en T, ajoutée à la forme en V de la coque, a permis de réaliser ce compromis réussi. « Le Rapido 40 est doté de longs foils asymétriques intégrés aux flotteurs, créant ainsi une force anti-dérive et un effet de portance verticale importants. » Le rapport portance/traînée de ces foils asymétriques permet au 40 de remonter efficacement au près et, au portant, de réduire le déplacement effectif du bateau pour qu’il donne tout son potentiel et atteigne des performances vraiment grisantes.
Les polaires du Rapido 40 promettent une vitesse de 30 noeuds pour 25 noeuds de vent à 95 degrés.
Le plan de voile du Rapido 40 comprend un foc autovireur, un mât en carbone sans flèches et, en option, une bôme à enrouleur. A l’intérieur, les aménagements sont faits sur mesure en matériaux légers et solides avec des surfaces de travail en carbone. Le revêtement de sol est en liège, pour le confort et l’adhérence en cas d’humidité. La sécurité est un facteur important lors de la conception et la construction. En plus de la construction en mousse de carbone, le trimaran est doté de cloisons étanches. Le compartiment moteur est installé à l’abri de l’une de ces cloisons.

Constructeur : Triac Composites, Vietnam
Design : Morrelli et Melvin
Longueur hors-tout : 12,00 m
Longueur à la flottaison : 12,00 m
Largeur : 8,80/4,90 m
Déplacement : 4 745 kg
Franc-bord : 1,41 m
Tirant d’eau : 0,87/2,18 m
Grand-voile : 65 m2
Trinquette : 13 m2
Reacher : 80 m2
Spi asymétrique : 158 m2
Surface du mât-aile : 7 m2
Tirant d’air maxi US : 19,25 m
Hauteur sous barrot : 2,00 m dans le carré ; 1,90 m dans la cabine avant
Motorisation : Yanmar 29 CV
Carburant : 200 l
Eau : 200 l
Catégorie CE : A
Prix : 595 000 $ départ usine Vietnam

Optimisation de la coque centrale
Les trimarans « classiques » – on ne peut pas y joindre les NEEL et leur large nacelle – ont la réputation de manquer d’espace intérieur et de capacité de transport. Rapido remédie à cet inconvénient en optimisant le volume de la coque et la hauteur sous barrot – une réalité que le couple de La Vagabonde a immédiatement remarquée lorsqu’ils ont essayé pour la première fois le R60. L’implantation centrale du cockpit avec le poste de barre en position supérieure résout plusieurs problèmes ; il crée un espace protégé à proximité du carré tout en permettant au barreur d’avoir une bonne visibilité. Le poste de barre est doté de banquettes latérales et d’un grand siège de barre pour deux personnes avec toutes les manoeuvres à portée de main. Il y a aussi un espace généreux sur les trampolines entre les flotteurs et la coque centrale, ainsi que sur la plage avant. L’implantation centrale du cockpit permet d’avoir le carré, le coin repas et la cuisine sur un même niveau, le tout étant auto-videur. Lorsqu’elle n’est pas utilisée, la porte du carré peut se replier dans la partie supérieure du roof, créant ainsi un grand espace de vie.
Sur les Rapido 50 et 60, le puits de dérive occupe une place importante dans le carré, mais les flotteurs du nouveaux 40 pieds sont dotés de foils en C, ce qui élimine le puits de dérive et permet d’améliorer encore l’espace intérieur. Le plancher plus élevé offre le volume nécessaire dans les fonds pour accueillir le moteur et les réservoirs, centralisant et abaissant ainsi les poids comme dans un monocoque, ce qui n’est pas le cas dans un catamaran. La partie arrière du carré peut être ouverte ou fermée en fonction de la météo ou de l’état de la mer.
A l’avant, grâce à sa position plus basse que celle du carré dans la coque, la cabine Propriétaire accueille une couchette double avec de nombreux rangements. Elle est dotée d’un cabinet de toilette avec douche séparée. On y trouve également une trappe d’évacuation, comme dans la partie arrière du trimaran. Par ailleurs, deux couchettes simples peuvent être ajoutées dans la cabine avant du 60 pieds. La cabine arrière accueille une grande couchette double avec sa salle d’eau privative. Le carré reçoit une banquette en L et une table faisant face à une cuisine longitudinale entièrement équipée avec un plan de cuisson, un four et un évier de bonne profondeur.
Le 50 pieds offre une meilleure vision panoramique que le 60 pieds grâce à de grandes surfaces vitrées donnant sur l’avant – elles peuvent être opacifiées en un clin d’oeil grâce à un simple bouton. La coque centrale intègre également une table à cartes dans le prolongement de la banquette. La hauteur sous barrot dépasse les 2 m dans le 50 pieds comme dans le 60 pieds. Le mobilier, les portes et les autres éléments sont en sandwich mousse recouvert de placage pour assurer la légèreté de l’ensemble, le tout est entièrement intégré à la coque pour garantir leur rigidité. Toutes les surfaces sont d’un entretien facile, et les bords arrondis des différents équipements permettent d’éviter les contusions.
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Le carré est au même niveau que le pont, le puits de dérive y tient une place importante.
Le cockpit central sépare le carré et la cabine arrière.
La cabine Propriétaire du R50.
Un gréement puissant, mais contrôlable
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Premiers essais en mer de Flint à Palma de Majorque lors de l’été 2021.
Sur le R50, les panneaux vitrés du carré donnant sur l’avant sont bien pratiques.
Tous les modèles Rapido sont équipés de mâts en carbone pivotants pour optimiser les performances. Le gréement dormant est synthétique. Un plan de voilure important permet de disposer de la puissance nécessaire et maîtrisable, que ce soit au près ou au portant ; un facteur essentiel pour des raisons de sécurité sur un voilier aussi rapide que celui-ci. Le génois sur enrouleur monté sur l’étai principal est autovireur, le système de prise de ris sur la grand-voile est équipé de crocs Karver fixés à la bôme sur des sangles Dyneema pour répartir la charge avec le minimum de friction. La bôme est dotée d’écarteurs de lazyjacks pour affaler aisément la grand-voile entièrement lattée dont les coulisseaux Antal facilitent l’envoi, la prise de ris et le ferlage. Un FR0 (Fractional Code 0) et un génois hissé en tête de mât, tous les deux sur enrouleur, peuvent être amurés sur l’étrave devant l’étai principal. Deux winches Harken, situés sur le dessus du roof juste devant le poste de barre, accueillent les écoutes de grand-voile et de foc. Les bloqueurs de drisses et des écoutes permettant de contrôler la rotation du mât et le réglage de la dérive sont positionnés pour utiliser les mêmes winches.
Cette optimisation efficace des manoeuvres fait partie intégrante de la conception, explique Pete Melvin : « Par rapport aux catamarans de croisière, les trimarans de croisière sont, de façon générale, beaucoup plus simples à utiliser, car ils ne dépendent que d’un seul système de barre et de propulsion. » Par exemple, sur le Rapido 60, l’accès au compartiment moteur est très facile, puisqu’il est situé à côté du puits de dérive au centre de gravité du bateau. Toutes les parties du moteur diesel Yanmar 4 cylindres de 53 CV sont donc accessibles. Cet espace abrite également le réservoir de carburant, un générateur optionnel de 8 kW, et de la place pour les dessalinisateurs et d’autres équipements optionnels.
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Le tableau arrière et l’une des deux trappes d’évacuation du Rapido 50.
Les entrées d’eau sont fines, mais les oeuvres mortes à redan permettent d’accroître le volume intérieur de la coque centrale.
Naviguez plus vite !

Le Rapido 60 est le modèle à l’origine de la marque en 2015. Ici, Romanza dans ses eaux en Nouvelle-Zélande.
Malgré les différences qui existent entre les trois différents modèles, tous offrent des performances optimales pour satisfaire les plaisanciers les plus exigeants. Dans ce créneau très particulier du marché, l’arrivée du Rapido 40 va considérablement accroître la concurrence. Lorsque je parle de créneau, je pense à des navigateurs expérimentés ; en effet, ce type de multicoque est caractérisé par un rapport poids/puissance élevé, et des spécificités exigeantes pour des plaisanciers non avertis. Les polaires du Rapido 60 indiquent que le trimaran monte jusqu’à 25 noeuds avec un vent réel de 20 noeuds ! Cependant, d’après les propriétaires du Rapido 60 Romanza qui naviguent en Nouvelle-Zélande, le voilier pardonne beaucoup d’erreurs grâce à la conception méticuleuse de Morrelli et Melvin. La flottabilité importante des flotteurs et le couple de redressement des Rapido en font des trimarans sûrs et stables.
En fait, la sécurité est l’un des éléments fondamentaux des Rapido, la construction en sandwich fibre de carbone incluant plusieurs cloisons étanches dans les flotteurs et la coque principale (le compartiment moteur est lui-même protégé par des cloisons étanches à l’avant et à l’arrière) est conçue de façon à que le trimaran soit quasiment insubmersible. La stabilité inhérente d’un trimaran, due à une surface quasiment carrée, ajoutée au poids concentré en son milieu, permet de naviguer comme si l’on était sur un monocoque, tout en profitant de la stabilité d’un multicoque.
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Membrures et longerons d’un flotteur de Flint.
Le moteur inboard Yanmar de 38,5 CV est équipé d’une hélice bec de canard.
















