Dans notre Multicoques Mag N° 219, nous avions publié un article intitulé « Fournisseur d’accès à Internet Starlink, révolution ou déception ? ». C’était il y a un an et demi – une éternité ! Qu’il est loin, le temps où l’on partait en mer pour des semaines ou des mois sans pouvoir envoyer de messages à ceux qui restaient à terre… La radio avait déjà brisé ce silence, puis ce fut au tour de la téléphonie par satellite, qui a notamment permis de recevoir les prévisions météorologiques et d’émettre des appels d’urgence. Aujourd’hui, on peut regarder en film en streaming depuis le carré de son multicoque, en plein milieu d’un océan. L’internet haut débit est désormais une réalité, et plus encore depuis la mise en place de l’offre Starlink. Un progrès technologique significatif, facile à installer et jusqu’à présent plutôt abordable. Et c’est bien une révolution qui a balayé le monde du grand voyage : au départ de l’Atlantic Rally for Cruisers 2022 à Las Palmas, un voilier était équipé de Starlink. En 2023, 80 % de la flotte était équipée. Et au départ de la dernière édition, selon le décompte de notre rédacteur en chef, on atteint un taux d’équipement de 90 % ! Rarement un équipement aura si rapidement trouvé sa place à bord. Reste que le tableau n’est pas encore tout à fait parfait. Cette accessibilité et les bénéfices associés à cette technologie ont créé une sorte de dépendance que le géant américain, en situation de quasi-monopole, a su (habilement) exploiter. Le cru 2025 des tarifs et des conditions d’utilisation de Starlink apporte en effet son lot de déceptions. Alors, où en sommes-nous vraiment aujourd’hui, comment s’y mettre pour ceux qui préparent leur départ, et enfin, existe-t-il des solutions alternatives ?
Starlink en quelques mots
Starlink est un opérateur qui s’appuie sur son réseau de satellites – ils sont exploités par Starlink Services LLC, une filiale à 100 % de la société aérospatiale américaine SpaceX. L’objectif de Starlink est de proposer un accès à internet partout dans le monde. Le service est aujourd’hui disponible dans plus de 100 pays et sur la plupart des océans.
Le déploiement des satellites a démarré en 2019, et le réseau compte aujourd’hui, on l’a vu, plus de 7 000 petits satellites stationnés en orbite terrestre basse. A terme, ce réseau devrait compter 12 000 satellites. Chacun d’entre eux communique avec des émetteurs- récepteurs terrestres. L’offre commerciale, quant à elle, a démarré en 2021, et ne cesse d’évoluer en fonction de la demande avec plusieurs antennes et plusieurs forfaits disponibles.
Le matériel nécessaire
Si le système Starlink est parvenu à s’imposer grâce à ses performances dignes d’un excellent Wi-Fi terrestre – nous détaillerons plus loin les vitesses de chargement/téléchargement –, la simplicité et la fiabilité des éléments ont également joué un rôle important et convaincu les utilisateurs, tout comme l’application et le service client. Par souci de simplification, les prix indiqués sont ceux proposés aux Etats-Unis ; nous avons parfois indiqué d’autres tarifs, mais attention, ils s’avèrent particulièrement volatils…
Une antenne Starlink
Il existe sur le marché plusieurs types d’antennes Starlink, de la Mini, à emporter dans un sac à dos, à la solution dédiée aux entreprises. Les produits évoluent et sont remplacés rapidement ; ainsi l’antenne Mini représente-t-elle déjà la quatrième génération avec des améliorations bienvenues.
Standard V3 pour rester au port ou pour les navigations côtières
Pour les plaisanciers passant beaucoup de temps au port ou qui cabotent à proximité des côtes, le kit standard avec l’antenne V3 peut convenir. Cette dernière n’a plus besoin d’être motorisée pour fonctionner correctement, ce qui améliore la fiabilité en réduisant le nombre de pièces en mouvement. Cela permet surtout de réduire considérablement la consommation électrique, l’un des points faibles des premières générations.
L’antenne Standard V3 est désormais facturée 349 $ par Starlink et est livrée avec un support, un routeur de troisième génération et les câbles nécessaires. Elle requiert également une alimentation électrique 110 ou 220 V. Vous pouvez utiliser un adaptateur, mais certains plaisanciers rapportent que le système ne fonctionne pas très bien en 12 V. L’autre solution consiste à utiliser un onduleur, qui va vous offrir une source électrique en 110 ou 220 V, à condition que votre multicoque soit capable de fournir une telle énergie.
L’antenne Mini
Cette toute dernière antenne est, comme son nom l’indique, très compacte, et possède l’avantage d’intégrer le routeur et un adaptateur pour assurer le montage sur un poteau support. Cette antenne peut également être alimentée par une batterie USB portable, et possède même une fonction pour faire fondre la neige... Pour en profiter, il faudra débourser 599 $ (399 € en Europe pour l’instant…). Plus chère à l’achat que les autres modèles, la Mini intègre les dernières avancées de la génération 4 et présente l’avantage de beaucoup moins consommer.
L’antenne Mobile Haute Performance pour les traversées
Pour la navigation hauturière et les traversées, il est conseillé d’opter pour l’antenne Mobile Haute Performance, qui est conçue pour les supports en mouvement et les environnements difficiles. Cette antenne est en effet construite pour résister à des conditions météo extrêmes avec une étanchéité conforme à la norme IP56. La Mobile Haute Performance dispose également de capacités GPS améliorées et est capable de se connecter à plus de satellites, ce qui évite les pertes de connexion. Cette antenne présente un coût (très) élevé – comptez 2 500 $ – et affiche une consommation de 110 à 150 W, c’est-à-dire 3 à 4 fois supérieure à celle de l’antenne Mini.
Un support de montage
Pour installer votre antenne, il faut ajouter à votre commande un tube support – il est vraiment recommandé d’installer l’antenne de manière permanente. Vous pouvez bien évidemment opter pour le support officiel vendu par Starlink 120 $, mais il existe aussi de nombreux supports vendus en ligne ou en magasins, qui permettent d’adapter parfaitement le montage à votre multicoque tout en réduisant les coûts. Pour l’emplacement, on choisit généralement l’arrière, loin des écoutes, dans le prolongement d’un panneau solaire ou de la protection du barreur.
Une alimentation électrique
La nouvelle antenne Mini affiche une consommation d’environ 15 W au repos et entre 30 et 40 W en utilisation – c’est à peu près équivalent à la consommation d’un radar. Elle peut être utilisée, on l’a vu, avec une batterie portable ou grâce à une alimentation classique, à l’instar des autres antennes. Le bloc d’alimentation est conforme à la norme IP66, mais il fonctionne en 110 ou 220 V, ce qui signifie que vous aurez besoin d’un onduleur à bord pour produire ce type de voltage. Il existe toutefois des kits de conversion qui permettent désormais d’utiliser l’antenne Starlink en 12 V même si les retours des plaisanciers ne sont pas toujours très positifs quant à l’efficacité du système connecté en 12 V.
Un routeur
Pour finaliser l’installation, si vous optez pour une antenne Mobile Haute Performance, il ne vous manque que le routeur. Là encore, vous pouvez choisir le modèle vendu par Starlink 199 $, mais il est également possible d’opter pour une autre marque en vous assurant que le modèle de votre choix est compatible avec Starlink. L’avantage de choisir un routeur tiers, c’est qu’il offre souvent une meilleure couverture, un plus à bord des grands multicoques. Un routeur d’une autre marque peut également offrir d’autres bénéfices technologiques comme un système Mesh, une protection de vos données et autres…
L’application Starlink
Si en théorie il est possible d’installer Starlink depuis le navigateur de votre ordinateur portable, dans les faits, l’application Starlink est aujourd’hui indispensable. Outre son aspect pratique, l’application va vous permettre de trouver le meilleur emplacement pour votre antenne, de personnaliser les paramètres, de recevoir des mises à jour ou encore d’accéder à l’assistance. Cette application vous fournit également des tonnes d’informations sur votre compte et sur votre utilisation. Elle est disponible en version iOS et Android, et le mieux est de l’installer lorsque vous avez une connexion Internet disponible. Une fois à bord, il sera plus facile de se connecter au système pour paramétrer Starlink.
Quel abonnement Starlink choisir ?
Une fois que vous disposez du matériel, il convient de choisir une formule. Dans le domaine, force est de constater que l’opérateur américain a plutôt bien harmonisé ses tarifs. On note en effet peu de différences entre l’abonnement premier prix en dollars US (50 $) et le tarif européen (40 €). Même constat pour un pays comme l’Australie.
Mini Roam ou Roam près des côtes
Pour le kit standard et l’antenne Mini, il existe deux abonnements mensuels : Mini Roam ou Roam. Le premier coûte 50 $ par mois pour 50 Go de données, tandis que le second s’affiche à 165 $ pour un volume illimité de données.
Ces abonnements sont sans contrat, ce qui signifie que vous pouvez arrêter quand vous voulez. Starlink offre un essai gratuit de 30 jours.
A noter qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, l’antenne Mini n’est disponible qu’avec l’abonnement Mini Roam ; l’autre forfait devrait être disponible avec le lancement des prochains satellites.
Du côté des performances, les vitesses varient de 30 à 100 Mb/s pour le téléchargement, et de 5 à 25 Mb/s pour le chargement.
En dehors de ces tarifs (en nette augmentation), le fournisseur d’accès par internet a également introduit récemment un certain nombre de restrictions. Ainsi, l’utilisation du service en itinérance (Starlink Standard et Mini) en dehors de leur zone d’abonnement est limitée à une période de deux mois consécutifs. Pour conserver le service actif, il faut ainsi retourner dans sa zone d’origine tous les deux mois.
La formule «Starlink for Boats» pour les longues traversées
Conçue pour recevoir internet haut débit sur pratiquement toutes les mers du globe, Starlink for Boats est une offre de troisième génération et requiert l’achat de l’antenne Mobile Haute Performance et de son routeur Starlink Gen 3 (ou un modèle compatible).
Vous pouvez ensuite opter pour l’un des trois abonnements disponibles, Roam Unlimited, Mobile Priority 50 Gb ou Mobile Priority 1 Tb, sachant que l’on profite alors d’une vitesse de téléchargement jusqu’à 220 Mb et d’une vitesse de chargement jusqu’à 25 Mb avec une latence de moins de 99 millisecondes selon le fabricant.
Le forfait Roam Unlimited, facturé 165 $/mois, offre une connexion illimitée à condition de rester à moins de 12 milles des côtes.
Au-delà de 12 milles, il faut opter pour le forfait Mobile Priority offrant 50 Gb par mois pour un tarif de 250 $/mois, ou pour le forfait Mobile Priority 1 Tb à 1 000 $/mois. A noter que ces deux derniers forfaits offrent une connexion illimitée une fois à terre au port.
Au chapitre des restrictions, Starlink n’est aujourd’hui officiellement disponible que dans une centaine de pays, et son utilisation dans un pays non officiellement listé peut entraîner la coupure du service. Il convient donc de bien préparer son voyage en fonction de la carte officielle du fournisseur d’accès.
Les alternatives « traditionnelles »
Si Starlink est devenu en un temps record le leader de la connexion internet par satellite, c’est avant tout parce que la société a développé des moyens colossaux, et a ensuite été capable de mettre en place une offre facilement accessible tant au niveau technique que financier. Toutefois, Starlink n’est pas le seul à offrir de tels services – même si le nouvel opérateur a mis à mal la concurrence. Voici un aperçu des autres solutions qui fonctionnent en mer à bord de votre multicoque.
Iridium Go!
Iridium est présent depuis longtemps dans le monde de la communication satellitaire. Surtout réservée à des applications professionnelles ou pour la sécurité, cette société offre également aux plaisanciers le moyen de rester en contact avec la terre, notamment au travers de son offre Iridium Go!. Toutefois, la connexion reste surtout orientée vers la voix et les SMS, puisque la vitesse de 2,4 Kb est assez faible. Dans les faits, outre les communications vocales et les SMS, cela permet de consulter ses e-mails, mais guère plus.
Pour utiliser le service, vous aurez besoin d’un récepteur satellite qui fonctionne avec votre téléphone ou tablette via une application dédiée. Ce boitier coûte 900 $ pour l’Iridium Go! et 1 699 $ pour l’Iridium Go!exec.
Une fois le matériel acquis, vous allez devoir acheter une carte SIM compatible et choisir parmi les nombreux forfaits disponibles dont les tarifs varient d’un opérateur à l’autre. Pour les offres sans engagement, cela démarre autour de 485 $ pour 120 minutes d’appels et jusqu’à 1 025 $ pour 500 minutes d’appels. Il existe également des offres avec un engagement d’un an ou de deux ans allant de 65 à 177 $ par mois pour simplement des messages textes et des appels. Pour profiter de data, il faut opter pour la formule à 178 $ par mois, mais avec une vitesse modeste.
De son côté, l’Iridium Go!exec est un peu plus généreux en data, puisque la première offre démarre à 109 $/mois pour 25 Mb. Pour un volume de data illimité, il faut opter pour l’option à 260 $ par mois, ou pour une offre annuelle à 3 000 $ par an – laquelle propose 1 Gb de données.
Encore une fois, les tarifs changent beaucoup selon la société qui les commercialise, il est donc important de comparer les prix et le service proposé.
INmarsat
Avec Fleet One, Inmarsat (désormais propriété de Viasat) est une société bien connue dans le monde de la marine de commerce. Le fournisseur propose aussi quelques solutions pour se connecter à internet depuis son multicoque.
Cela commence avec Fleet One, qui se divise en deux forfaits, Coastal Coverage et Fleet One Global. Le premier forfait s’adresse aux plaisanciers restant près des côtes, alors que le second permet de se connecter d’à peu près partout. Ces deux forfaits sont sans engagement, mais ils se limitent à un usage voix et e-mail. Le service Coastal Coverage commence à 51 € par mois pour 10 Mb et monte jusqu’à 3 437 € par mois pour 1 Tb, tandis que Fleet One Global va de 109 € (10 Mb) à 8 679 € (1 Tb), ce qui reste très cher.
Pour profiter des réseaux sociaux, il faut opter pour Fleetbroadband, avec là encore deux options, Entry Internet ou Medium Internet. Ce service démarre à 483 € pour 25 Mb, et grimpe jusqu’à 3 682 € par mois pour 20 Tb.
La concurrence (du futur) tente de s’organiser !
Si Starlink est plus ou moins le seul opérateur mondial à proposer service d’accès à internet de qualité à un prix compétitif, d’autres sociétés ont décidé de se lancer dans la bataille. Une bonne nouvelle pour faire jouer la concurrence et obtenir de meilleurs tarifs, mais il va falloir être patient…
Iris2
Iris est un projet européen mené par le consortium SpaceRise avec pour principaux acteurs la société française Eutelsat, l’espagnol Hispasat et le luxembourgeois SES. Iris veut concurrencer Starlink en lançant une flotte de satellites multi-orbitaux. L’idée est de fournir une connexion internet sécurisée par satellites pour la défense, l’Administration, mais aussi de proposer une offre commerciale comme Starlink. Toutefois, le projet prévoit 290 satellites, quand Starlink en possède déjà près de 7 000… en outre, le système Iris2 devrait être opérationnel en 2030, et risque du coup d’être déjà obsolète à cette période.
Amazon Kuiper
C’est certainement le concurrent le plus sérieux à venir pour Starlink. Créé par Amazon, le projet Kuiper prévoit de lancer 3 232 satellites, avec un début d’exploitation commerciale prévu en 2026 quand les 578 premiers satellites seront en orbite. Le système s’appuie aussi sur 12 stations terrestres et le projet devrait être achevé en 2029. Les satellites seront connectés par une connexion optique à laser infrarouge et la technologie devrait permettre de fournir une vitesse internet de 100 Mb/s à 1 Tb/s en fonction du système utilisé. Le prix du terminal nécessaire devrait se situer en dessous de 400 $, et, si le prix des forfaits n’a pas encore été révélé, Amazon annonce qu’il sera « accessible pour tous ».

Qianfan, l’alternative chinoise
La Chine veut elle aussi proposer une alternative à Starlink en lançant la constellation Qianfan menée par l’entreprise Shanghai Yuanxin Satellite Technology Company. Fin 2024, 36 satellites ont déjà été lancés, un nombre qui devrait être porté à 648 d’ici fin 2025, alors que l’objectif est de s’appuyer sur 14 000 satellites d’ici 2030.
Skif, l’internet porté par la Russie
Après les USA, l’Europe et la Chine, la Russie veut elle aussi lancer sa constellation de satellites dénommée Skif. Le réseau sera constitué de 12 satellites répartis sur trois orbites différentes fournissant une vitesse de connexion jusqu’à 6,5 Mb/s Les satellites du système Skiff sont supposés être mis en orbite entre 2026 et 2027, toutefois, la date de commercialisation, les conditions et les pays couverts n’ont pas encore été révélés.

