Peter Weil n’est pas un nouveau venu dans l’univers de la plaisance. Marin et régatier accompli, il a usé ses fonds de ciré sur des voiliers depuis son plus jeune âge. Plus tard, il décide de se tourner vers la croisière, et, étant déjà un fan de multicoques, il jette son dévolu sur un catamaran. Toutefois, son choix se porte sur un powercat, qui correspond plus à sa manière de vivre du moment. Séduit par le look et l’aménagement, il fait donc l’acquisition d’un Aquila 44, l’un des best-sellers de la marque. Un achat réfléchi et assumé qui ne satisfait néanmoins pas totalement Peter. Le skipper rêve en effet d’un multicoque à moteur qui naviguerait à la manière d’un voilier, c’est-à-dire en silence et relativement lentement pour profiter au maximum de son environnement. Pour aller au bout de sa démarche, il décide donc de retirer les moteurs diesel des coques et de remplacer le tout par une propulsion entièrement électrique. Un sacré challenge, car, même si la conception générale de l’Aquila 44 est remarquable, elle n’a pas été pensée pour ce type de motorisation, et le constructeur ne propose pas cette option. Un élément qui n’arrête pas notre homme, aussi réfléchi que déterminé, il décide donc de se lancer dans ce pr ojet de sa propre initiative. Peter commence donc ses recherches, et rapidement, son choix se porte sur des moteurs Torqeedo. C’est aussi à ce moment qu’il rencontre Marc Hawxhurst : le créateur de Novaluxe a plus ou moins la même idée, à la nuance près qu’il souhaite faire de cette transformation un véritable business en collaborant, si possible, directement avec les constructeurs. Dans cette optique, Marc avait déjà un accord pour l’implémentation de moteurs Torqeedo dans des multicoques.

Lors d’un deuxième chantier, le powercat a été rallongé de 44 à.… 50 pieds !
5 600 Wc de panneaux solaires
Peter décide donc d’acquérir le système électrique Torqeedo auprès de Marc, et le travail commence avec un cahier des charges assez simple : naviguer en silence à environ 6 noeuds et disposer d’une grande autonomie. Les moteurs diesel sont alors retirés et remplacés par deux moteurs Torqeedo Deep Blue, équivalents à des 80 CV ther miques. Pour alimenter cette motorisation, Peter implante deux batteries de BMW i3 (2 x 40 kWh), lesquelles sont installées dans des coffres, à l’abri de l’eau. Qui plus est, pour disposer d’une autonomie convenable, le catamaran dispose d’un générateur diesel Whisper Power associé à un réservoir de 1 000 litres pour recharger les batteries en cas de besoin ou pour faire fonctionner quelques équipements du bord, notamment la climatisation. Consommant moins de 7 litres à l’heure, le générateur possède une autonomie de 142 heures… Enfin, seize panneaux solaires de 350 Wc sont également installés, pour un total de 5 600 Wc. Pour loger tous ces panneaux, il a fallu agrandir le T-top du flybridge, pour le porter à une surface de près de 31 m2. Le plus impressionnant, c’est que le travail a été si bien fait que le nouvel hard-top s’intègre parfaitement à la ligne du bateau. Enfin, une partie des panneaux solaires prend également place sur un support à l’arrière du catamaran. Ces récepteurs solaires, à eux seuls, génèrent environ 2 kW par jour, ce qui permet de faire fonctionner tous les équipements du bord. Rechargeables avec les panneaux solaires ou le générateur, les batteries peuvent également l’être de manière plus conventionnelle, avec deux chargeurs de 10 kW reliés à la prise de quai, ce qui permet une recharge complète en seulement quatre heures. La réalisation de ce projet a nécessité de longues recherches et quatre mois de travail effectif pour la mise en oeuvre des solutions envisagées par Peter. Deux mois ont ensuite été consacrés aux tests, aux Bahamas. A l’issue de cette période, décision a été prise d’allonger les flotteurs pour augmenter la flottabilité et supporter les 18 tonnes de l’ensemble. Là encore, le travail a été effectué dans les règles de l’art, puisqu’il est difficile de voir la différence entre la coque originale et l’extension. Fin 2020, chaque jupe a ainsi gagné plus d’un mètre en longueur, ce qui a permis d’installer sur bâbord un espace de rangement et, sur tribord, une sorte de jacuzzi, ce qui est plutôt sympa. Reste que le but premier a été atteint. Non seulement la flottabilité a été améliorée avec un tirant d’eau inférieur, mais l’assiette est également bien meilleure. Une fois les modifications réalisées, le powercat a tenu toutes ses promesses, tant au niveau du confort que des performances.
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Le T-top du flybridge a été agrandi de façon à totaliser, avec le support arrière, 16 panneaux solaires – soit 5 600 Wc.
Jusqu’à 1 000 milles d’autonomie
Lors de notre essai, nous avons ainsi réalisé une pointe à près de 9 noeuds, tandis que la vitesse de croisière s’établit entre 6 et 6,5 noeuds, soit exactement l’objectif recherché. A la barre, le résultat est même étonnant. Profitant, comme tout moteur électrique, d’un couple immédiat, l’embarcation de 44 pieds accélère très vite, puis se stabilise. L’allure de croisière se révèle très confortable – on navigue dans un silence presque complet, à l’exception du clapotis sur la coque, c’était là aussi l’un des points recherchés par Peter. Reste la question de l’autonomie. Pour optimiser au maximum l’installation, un écran suit en permanence la consommation d’électricité, mais aussi sa production, que ce soit au travers des panneaux solaires ou du générateur. Au final, en mode totalement électrique, le catamaran possède une autonomie d’environ 4 heures à 6 noeuds, soit 24 milles – on frise les 60 milles à 4 noeuds. Maintenant, si l’on combine les batteries et le générateur, on parvient à une autonomie de près de 1 000 milles, autant dire que les portes de la grande croisière sont ouvertes. Depuis la première mise à l’eau en 2019 avec la nouvelle motorisation électrique, le catamaran a effectué près de 3 500 milles, soit largement plus que la plupart des plaisanciers. Si quelques bonnes centaines de milles ont été indispensables pour mettre au point le powercat, la navigation s’est ensuite révélée être un vrai plaisir. Depuis notre reportage, Peter est reparti aux Bahamas. Excepté quelques surchauffes ponctuelles du générateur, rien de notable à signaler. Le système fonctionne à merveille, et le bateau ne s’est jamais retrouvé en « panne électr ique ». Une transformation impressionnante donc, mais qui a bien évidemment un coût. Outre l’achat du catamaran, Peter a dépensé environ 175 000 € dans le système électrique (moteurs, batteries, générateur). A cela s’ajoute le prix du nouveau T-top, soit environ 45 000 €. Cette somme a été atténuée par la revente des moteurs, mais cela reste un projet conséquent pour qui se lance de lui-même. En outre, cela fait disparaître la garantie constructeur sur les moteurs et le système électrique (Torqeedo assure la garantie de son matériel). Un prix à payer que Peter ne regrette pas, car il a enfin pu concevoir le multicoque qui lui correspond parfaitement.
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Un espace de rangement a été aménagé dans la jupe bâbord ; à tribord, Peter a installé un mini-jacuzzi.
Les aménagements, quant à eux, n’ont pas été modifiés. Ils sont donc identiques à ceux d’un Aquila 44.
Conclusion
Au regard de l’évolution des motorisations, ce projet prouve au moins que la propulsion électrique n’est aujourd’hui plus une utopie. Bien pensée et en déterminant exactement où l’on veut aller, elle peut se révéler tout à fait satisfaisante. Reste que cette solution n’est pas gratuite et qu’en attendant que les chantiers la proposent en série, elle représente un coût non négligeable qui prend beaucoup de temps pour être amorti.
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Sur le plan technique, l’installation est irréprochable. L’ensemble, validé par 3 500 milles, fonctionne parfaitement, à l’exception du générateur, épisodiquement sujet à de légères surchauffes.
Nova Luxe Yachts L’électrique c’est fantastique !
Nova Luxe est une jeune société qui s’est spécialisée dans la remotorisation de powercats en version électrique. La compagnie travaille directement avec certains chantiers qui livrent les bateaux sans motorisation, mais elle peut aussi travailler à partir de votre propre multicoque et effectuer la transformation dans ses ateliers. Nova Luxe propose également une gamme propre de catamarans, la série Elight, qui s’étend pour le moment de 44 à 70 pieds. Nova Luxe est aussi spécialiste de l’installation de solutions Torqeedo pour la remotorisation de multicoques. C’est auprès de cette société que Peter s’est procuré l’équipement pour faire toute son installation électrique.











