30 ans tout juste après la création de la marque Nautitech, le constructeur basé à Rochefort sur la côte atlantique, nous gratifie d’un tout nouveau 48 Open. Nous avons le privilège d’essayer ce flagship, qui se veut plus raffiné encore que ses prédécesseurs.
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Conditions : 15 à 20 nœuds d’ONO, rafales à 25, mer peu agitée à agitée avec houle d’ouest
Il y a un peu plus de trois ans maintenant, le chantier Nautitech annonçait un changement assez radical de stratégie. Le constructeur décidait en effet d’abandonner le marché de la location pour se concentrer sur celui des Propriétaires privés. Le choix de s’affranchir sciemment d’un important volume de commandes potentiel était courageux. Mais se démarquer des chantiers « mainstream », plus gros et plus industrialisés, face à qui la guerre des prix était perdue d’avance, était surtout fort opportun. Dès l’hiver 2022, on pouvait découvrir le très séduisant 44 Open, premier Nautitech « conçu par et pour les propriétaires », selon les propres mots de Gildas Le Masson, qui dirige le chantier rochefortais depuis 2018. Le 44 est un catamaran à l’ADN augmenté, en quelque sorte, plus performant, plus confortable et avec un niveau de finition bien supérieur aux productions antérieures. Avec 43 unités mises à l’eau en à peine deux ans et un carnet de commandes rempli pour 12 nouveaux mois, on peut parler d’un véritable succès, lequel a confirmé la pertinence de ce nouveau positionnement et autorisait dès lors à voir plus grand.
La même équipe que celle du 44
Comme on ne change pas un équipage qui gagne, on retrouve à la conception du Nautitech 48 Open le même triumvirat que sur le 44. Il est composé, outre l’équipe du chantier, du cabinet Marc Lombard Yacht Design Group pour l’architecture navale, et de Christophe Chedal-Anglay au design intérieur. Maya Gautier a assuré la coordination de l’ensemble avec la rigueur, l’ambition et la précision qui font d’elle une personnalité qui compte dans la génération montante des managers de l’industrie nautique. Elle nous confirme que le nouveau modèle de la gamme Nautitech « veut affirmer son caractère performant, confortable en mer et en vie à bord ». Une alchimie délicate que l’on a passée au révélateur implacable d’un essai en conditions hivernales.
Le concept Open une fois de plus validé
A peine les amarres larguées du ponton du port des Minimes, on teste la manœuvrabilité au moteur en se faufilant entre engins de dragage et multicoques à couple empiétant sur le chenal. Leur présence en nombre s’explique en partie par la météo de ce mois de décembre défavorable qui a rendu le golfe de Gascogne infréquentable. D’ailleurs, la houle qui nous cueille dès les jetées du port franchies nous rappelle que le créneau météo dont nous bénéficions est étroit – la veille encore, nous serions restés à l’abri ! Jouant sur ses deux puissants moteurs Volvo de 75 CV, le 48 réagit parfaitement, y compris vent de travers. Nous préconisons d’ailleurs ce choix de motorisation plutôt que les 60 CV montés en standard. Nous évitons de pousser trop vite les gaz dans le chenal, car nous sommes précisément à l’heure de la basse mer. On évitera pour cette fois de tester la solidité, pourtant rassurante, des ailerons qui fixent le tirant d’eau à 1,55 m. Ce passage s’avère d’autant plus délicat qu’il est soumis à une houle d’ouest, laquelle est couplée au clapot habituel des pertuis rochelais. La bonne nouvelle, c’est que le 48 ne mouille pas son équipage, et surtout ne tape pas. C’est la preuve, entre autres, qu’une hauteur de nacelle conséquente a bien été conservée. Bien abrités dans le cockpit et son bimini rigide, on profite immédiatement du concept Open. Le continuum entre carré et cockpit qui est à l’origine de l’appellation (et ce, dès le 40) a été fort heureusement conservé. Il est même souligné par la continuité graphique et la finition entre les plafonds du carré et du cockpit. Les toiles latérales translucides de ce dernier ayant été judicieusement laissées à poste pour cet essai, on ne craint ni les grains ni les embruns, tout en restant disponibles pour les manœuvres.
Postes de barre déportés à l’extérieur
Car, comme il se doit à bord d’un Nautitech, les postes de barre et de manœuvres sont déportés sur l’extérieur, à l’arrière de chaque coque. La vision sur le plan de voilure est toujours optimale – et il en est de même pour l’étrave choisie, au vent ou sous le vent, selon les conditions. Toutes les drisses et écoutes sont à portée de main. Revers de la médaille, le barreur est plutôt exposé aux éléments. Si les biminis optionnels, à l’esthétique toujours sujette à caution, protègent bien du soleil et un peu de la pluie, ils ne peuvent pas grand-chose contre les embruns et le vent apparent. Heureusement, les deux grands sièges de barre sont rassurants ; quant à la qualité de leur sellerie, identique à celle des grandes banquettes de cockpit, elle est valorisante. Ces banquettes justement sont au nombre de trois. La plus grande forme un L sur tribord autour de deux plateaux se rejoignant à l’heure du repas pour ne former qu’une grande et unique table. Sur bâbord, la méridienne se révèle être une véritable injonction – plutôt qu’une simple invitation – à faire la sieste. Reste la banquette joliment incrustée dans le bras arrière, pour veiller sur la route tout en refaisant le monde.
Si bientôt 8 ans séparent le lancement du Nautitech 46 et celui du 48 (en passant par le 44 il y a un an), la filiation dans les lignes extérieures est évidente, et même revendiquée.
En revanche, l’architecture navale a beaucoup évolué pendant cette petite décennie. La carte blanche laissée par le chantier a donc permis de totalement réinventer les formes de coques, avec notamment ce redan extérieur très marqué. Ce dessin rend d’autant plus prégnant la largeur à la flottaison contenue, rien n’étant cédé à la finesse de coque sans une étude précise de l’impact sur les performances. Toute modification envisagée est soumise à l’épreuve de vérité qu’est le bassin de carène numérique. Les architectes y font appel dès lors qu’une modification sur les performances est suspectée. Ainsi, par exemple, si les coursives du 48 ont gagné quelques précieux millimètres en largeur, c’est uniquement dû à des proportions favorisées par la longueur. Il a donc été vérifié que cela ne venait grever en rien le potentiel de vitesse du catamaran. On retrouve également quelques éléments de design apparus sur des multicoques très performants conçus par les mêmes architectes, comme ces étraves assez volumineuses aux brions nettement au-dessus de l’eau, qui apportent beaucoup de stabilité, et donc de sécurité, notamment au portant. Démonstration en a été faite lors de cet essai, où nous étions clairement surtoilés pour la brise du jour : à aucun moment le multicoque n’a donné la sensation de pouvoir enfourner, et la barre est toujours restée d’une douceur irréprochable. L’autre cheval de bataille des architectes, en relation constante avec le bureau d’études du chantier sur ce sujet, a bien sûr été le devis de poids. Le vocable employé par Henry-Paul traduit bien cette préoccupation constante, parlant pour le modèle de notre essai de version « lourde », entendre une version tout confort, très équipée, avec par exemple un générateur, la climatisation ou encore un parc batteries conséquent pour un déplacement total de 18 tonnes réservoirs pleins. On est en effet assez loin des 13,5 t annoncées – et bien respectées !
Record de vitesse du jour : 16,9 nœuds
Dans la série « recherche de qualité et gain de poids », on note un accastillage tout Harken, des bossoirs en composite, des chandeliers et des balcons anodisés noirs… Franchement, c’est la classe ! On aime ou on n’aime pas le dessin des barres à roue Triak Hexa de Goïot, en revanche, il faudrait être extrêmement difficile pour ne pas apprécier la précision et la douceur des sensations transmises par drosses au barreur sur ce Nautitech 48 Open. Les barreurs se succèdent d’ailleurs tout au long de cette demi-journée sans que personne ne songe à tester le pilote automatique. C’est plutôt à qui battra le record de vitesse du jour, qui finalement sera relevé à 16,9 nœuds. Une excellente performance réalisée par seulement 20 à 22 nœuds de vent. Certes, il s’agissait d’une pointe à 120 degrés du vent mais le speedo était tout de même bien calé au-dessus de 14 nœuds. Relevons également que cette top speed a été atteinte dans une sérénité parfaite : vu l’horaire, nous songions plus à sortir l’apéro plutôt qu’à prendre un ris… Plus sérieusement, nous avions testé plus tôt dans la matinée la capacité du 48 Open à remonter au près sous grand-voile haute et solent autovireur. Le vent ne dépassait pas alors 15 nœuds, et par un près « océanique » à 47 degrés du vent apparent, la vitesse oscillait entre 7 et 9 nœuds. Notez qu’en option, un génois peut remplacer le solent, mais la combinaison de ce dernier avec un code 0 sur emmagasineur nous paraît toujours aussi pertinente. Manœuvrer sur ce pont parfaitement dégagé s’avère particulièrement aisé. Le pied de mât est parfaitement accessible grâce aux belles marches en avant du roof et à la faible hauteur du vit-de-mulet. Le roof n’accueille en effet qu’une belle douzaine de panneaux solaires (tout plats, bien sûr), et surtout pas, bonne nouvelle, un quelconque aménagement qui viendrait alourdir et remonter le centre de gravité. En abattant pour déborder l’île de Ré, le code 0 de 80 m² est enfin déroulé ; le 48 Open accélère et se cale entre 11 et 12 nœuds, brions bien dégagés, à 110 degrés d’un vent forcissant à près de 20 nœuds. C’est sur le retour que, déployant le gennaker de 110 m², nous nous prendrons pour des skippers d’Ultims à la chasse aux records, ou pas loin…
Le meuble bar central est devenu incontournable
Mais laissons nos camarades de jeu batailler autour des trois caps pour partir explorer, bien au sec, l’intérieur de ce nouvel opus que l’on nous promet « pullman ». De fait, dès la large baie vitrée coulissante passée, on perçoit que le 48 va un cran plus loin que le 44 en termes de qualité et de finition. Maya Gautier confirme le souhait « d’affirmer le côté premium de la marque et de se positionner sur un créneau plus luxe ». Le choix de matériaux haut de gamme comme la résine « Solid Surface » du meuble bar central qui, à peine apparu sur le 44, est devenu incontournable sur un Nautitech, en est un exemple. Un examen pointu des menuiseries en Alpi noyer clair (l’essence chêne clair est aussi disponible) révèle également le soin apporté aux assemblages, à l’image des deux meubles hauts présents dans les angles arrière de la nacelle. Comme en lévitation dans ce bel espace, ils ont un double impact positif : leur design apporte de la valeur ajoutée au carré, et leur volume des espaces de rangements supplémentaires toujours bienvenus. Le tout n’impactant en rien la vision vers l’extérieur, pourquoi s’en passer ? On retrouve ce même soin du détail au niveau du support d’instruments de la table à cartes. Son cuir surpiqué est du plus bel effet. Les mains courantes inox gainées elles aussi de cuir, la cave à vin avec supports pour les verres à pied, l’éclairage partout soigneusement étudié, la penderie éclairée et son miroir dans la coque Propriétaire, autant de détails chics s’accumulent, laissant, in fine, une impression de qualité vraiment prégnante. La répartition des espaces est sans surprises, avec dans la nacelle un carré intérieur plutôt petit qui renforce son côté cosy, une table à cartes face à la route – poste de veille idéal avec une vision presque à 360° sur la route – et enfin une grande cuisine en U sur tribord ; celle-ci, en relation directe avec le cockpit lorsque la baie vitrée est ouverte, se prolonge sur l’avant avec des volumes froid à foison. Dans les coques, l’aménagement retenu sur ce modèle d’essai est à l’image de ce que la plupart des Propriétaires Nautitech attendent : à bâbord, c’est en effet toute la coque qui leur est dédiée, avec beaucoup de rangements, des toilettes séparées de la grande salle d’eau avant, et à l’arrière un island-bed cossu avec tête de lit molletonnée, et surtout une vue imprenable sur la mer. Sur tribord, on joue l’asymétrie avec une jolie cabine double arrière, une smartroom aux multiples possibilités sur l’avant (1, 2 ou 3 couchages, bureau, atelier, ou encore rangement…) et une salle d’eau en deux espaces : douche séparée et lavabo à l’arrière, toilette et lavabo à l’avant, soit une configuration idéale pour une croisière entre amis. Précisons que de nombreuses autres variantes d’aménagement existent (3 ou 4 cabines, 3 ou 4 salles d’eau).
Conclusion
Arrivés sans a priori sur cet essai, nous en sommes repartis bluffés par le niveau de performance, la facilité de manoeuvres et les sensations délivrées à la barre par ce Nautitech 48 Open. Voilà donc un modèle qui pourrait bien convertir les derniers irréductibles « monocoquistes » encore réticents à reconnaître toutes les qualités d’un bon multicoque. Les matériaux et équipements, leur mise en œuvre tout comme l’esthétique de l’ensemble témoignant du haut niveau de qualité visé, on n’hésitera pas à cumuler les milles sur cette unité confortable, et ce d’autant plus qu’ils défileront plutôt vite…
Qualité de finition et des matériaux
Cohérence des aménagements
Recess de roof moins rassurant qu’une main courante
Postes de barre et de manœuvres exposés
Les concurrents
NEEL 47
Longueur : 14,20 m
Déplacement : 10,6 t
Prix HT : 571 000 €
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Outremer 45
Longueur : 14,63 m
Déplacement : 8,7 t
Prix HT : 815 000 €
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Balance 482
Longueur : 14,71 m
Déplacement : 13,3 t
Prix HT : 1 492 000 $
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C-Cat 48
Longueur : 14,75 m
Déplacement : 9,7 t
Prix HT : 998 000 €
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Catana Ocean Class
Longueur : 14,99 m
Déplacement : 13,5 t
Prix HT : 1 036 700 €
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Descriptif technique
Architecte et design extérieur : Marc Lombard Yacht Design Group
Design intérieur : Chedal Anglay Design
Longueur hors-tout : 14,60 m
Largeur : 7,97 m
Tirant d’eau 1,55 m
Tirant d’air : 22,95 m
Déplacement lège : 13,5 t
Grand-voile : 85 m²
Foc autovireur : 42,5 m²
Motorisation : 2 x 60 ou 75 CV Volvo saildrive
Carburant : 2 x 300 l
Capacité eau 2 x 300 l
Couchettes : 4 à 9
Cabinets de toilettes : 2 à 4
Prix HT du Nautitech 48 Open standard : à partir de 898 000 €
Prix HT des options principales :
Version Confort : 43 980 €
Version Explorer : 77 300 €
Pack Sport : 13 400 €
Pack Lithium : 20 840 €
Pack Navigation : 19 690 €
Moteurs 75 CV : 5 900 €
Code 0 80 m² : 8 170 €
Gennaker 110 m² : 6 970 €
Winch électrique Harken (l’unité) : 4 890 €
Taud de fermeture complet du cockpit : 4 440 €
Conservateur 75 l : 2 860 €
Panneaux solaires sur le roof (12 x 17 = 80 Wc) : 16 800 €
Antifouling (à partir de) : 5 800 €
Mise à l’eau, mâtage et livraison à La Rochelle : 9 980 €
Prix HT du modèle essayé : 1 244 410 €
